Potosí, aux 15ème et 16ème siècles, a été la ville la plus riche et la plus peuplée du monde ! Plus que Rome, Paris, Londres...
A une altitude de 4050 m, elle est accrochée aux flancs du Cerro Rico, qui lui, culimine a 4500 m et qui n'est autre qu'une montagne minière... mais il ne s'agit pas ici de mines de charbon mais... d'argent !Pour faire court et simple disons que tout allait bien jusqu'à l'arrivée des espagnols, qui n'étaient franchement pas des rigolos...ils n'avaient pas vraiment le sens de l'humour... Et donc quand ils ont vu tout cet argent ( il y avait d'autres métaux mais à l'époque ça ne les interressait pas.. ), ils se sont dit : " Chouette, on va se faire plein de pognon et en plus c'est pratique tous ces "indigènes" là qui savent pas quoi faire de leurs journées, on va en faire des esclaves et comme ça nous on se fatigue pas... " Ni vu ni connu j´t'embrouille, l'affaire est dans le sac... Ils ont fait la razzia dans les villages, tout ce qui ressemblait à un homme se retrouvait dans les mines, travail forcé, et ce pour 6 mois sans sortir... et si au bout de 6 mois il en restait quelques uns de vivants, ils ressortaient et 6 mois après, paf rebelotte...
Je vous passe, les viols, les tortures et tout ça, tout ça...
Aujourd'hui il reste une ville dont certains annoncent la fin pour dans 10 ans... d'autres plus optimistes, lui donnent une trentaine d'années... Les mines sont toujours ouvertes, mais d'argent, il n'y en plus guère, des mineurs en revanche, il y en a trop... 12h de travail par jour pour parfois gagner 50 bolivianos ( en gros 5 euros... ) dans des conditions misérables, et c'est eux qui doivent acheter tout le matériel nécessaire ( pioches, dynamites, masques, lampes etc... ) et comme c'est cher, la plupart du temps ils n'ont aucune protection et meurent donc très jeunes... Voilà... Sympa comme devenir... Au moins ça nous remet les idées en place...
La ville en elle même est très belle. Des églises à tous les coins de rues ( durant sa grande époque, sa richesse ne provenait pas seulement des mines, mais aussi de ses écoles de peintures, des centres religieux, et bien sur du commerce ), et des restes de maisons coloniales incroyables aux couleurs, rouge, jaune et bleu...
Les 2 1ers jours nous étions tellement mal que la seule chose que nous avons pu faire a été de déambuler dans les ruelles ( sachant que dés que nous attaquions une montée, notre coeur s'emballait, nos poumons s'étouffaient, et que nous nous faisions doubler par les petites vieilles boliviennes, chargées comme des mulles.... des loques ! ).
C'est comme ça que nous sommes tombés sur le "Mercado Central ".
Alors ici point de supermarchés, ou de quelconques centres de distribution... Non non non...
Plutôt des sortes de Souks où l'on peut absolument tout trouver, de l'alimentaire à un ordinateur, en passant par des savons, et des habits...
Bien sûr il y a un ordre, ce qui se mange avec ce qui se mange et le reste avec le reste !
Et au milieu de tout ça toujours les boliviennes avec des petits stands de bouffe ( tout est possible : des empanadas, des glaces, des plats que tu manges à côté parce qu'il faut rendre l'assiette, des jus de fruits frais, des desserts en gelée,( ça c'est horrible ! ), et tout plein de choses tout à fait non identifiées, mais dont les odeurs ne présagent que du bon...pour le palais.. en revanche pour l'estomac..va savoir ! ).
Au rayon boucherie, nous sommes tombés nez à nez avec une peau de chèvre ( entière ), des museaux de vaches avec les babines, les dents et la langue qui pendouille, des tête de cochon et j'en passe...
Et aux rayons fruits et légumes, des tas de fruits que nous sommes incapables de reconnaitre, et dans ceux qu'on a reconnu, de la papaye et encore de la papaye ( miam ! ) et attention, MOSCOU spéciale dédicace....
Entre les papayes, les bananes, les poires et les raisins qu'est ce que j'ai trouvé... Je te le donne dans le mile Mimile : DES POMMES CANELLES ENORMES !!!!! Tu le crois ça ? Des pommes canelles.... que de bons souvenirs.... ( Yek Yek Yek... manque plus que des quenettes et là je crois qu'il faut que tu démissionnes de l'éducation nationale pour venir compléter la famille Lapoisse !! )
Bref, où en étais-je ?
Ah oui le marché....
N'oublions pas les épices, les fèves séches et salées, et le plus important la Coca...
Chapitre Coca : Ben c'est tout simplement la feuille de coca qu'ils font sécher... Ils ont des énormes sacs en toiles de jute remplis de feuilles de coca, et n'importe qui peut en acheter.
Il y a 2 façons de la prendre. Soit un maté ( une infusion ) soit ils la mâchent, en général avec une espèce de pate noirâtre, qu'ils se collent dans la joue... Partout tout le temps ça machouille, et ça crachouille un peu aussi.
Les mineurs, lorsqu'ils travaillent ne mangent pas ( oh ben manquerait plus que ça !! ), et pour tenir... coca, tout le temps.Ici c'est en vente libre, mais en Argentine, non !
Effectivement c'est à partir de là qu'est produite la cocaïne... mais enfin entre la feuille et la cocaïne, le chemin doit être bien long...
La coca a aussi la réputation d'aider à lutter contre le mal des montagnes... bon pour nous ça n'a pas suffit... mais je crois qu'il nous en aurait fallu une quantité éléphantesque !
Ce qui est drôle dans le marché c'est qu'en général ce sont de petites emplacements, et par exemple, au milieu d'énormes sacs de coca on va apercevoir ( et encore, en cherchant bien ! ) une bolivienne, qui ne peut presque pas bouger !
Chapitre les femmes boliviennes : Une grande majorité des femmes portent l'habit traditionnel, à savoir ( mais vous devez déjà avoir cette image en tête...) une jupe qui arrive aux genoux, plissée et qui recouvre je ne sais combien de jupons, de laquelle émergent une paire de jambes chaussées de sandales ( magnifiques les jambes en général ), un tablier, une bonne épaisseur de chandails, un chapeau ( souvent un chapeau melon noir, mais parfois chapeau de paille, ou bonnet, ou chapeau de toutes façons ) vissé sur le sommet du crane ( je comprends toujours pas comment il tient ! ), 2 nattes noirs de jeais ( on a très peu vu de cheveux gris ou blancs... noirs et noirs et encore noirs ) immenses, reliées entre elles par un cordon noir avec des pompons, et le fameux carré de tissus, plein de couleurs dont elles se servent de sacs à dos, dans lequel on peut trouver de tout y compris un enfant...
Leurs visages sont incroyablement beaux....
Elles sont fascinantes tout simplement...
De déambulations en tribulations nous avons parcouru une bonne partie de la ville et visité en particulier le couvent de Santa Teresa et la Casa de la Moneda.
Nous sommes restés quelques 2h30 dans le couvent à suivre notre petite guide passionante, à travers les siècles et la vie de ces frangines ( au maximum 21 et bien souvent moins, aujourd'hui elles sont 5 ) qui une fois rentrée dans le couvent à l'âge de 15 ans ( jour le plus beau de leur vie... car jour de leur mariage avec Dieu... bon chacun son truc ! ) ne mettaient plus le nez dehors. Leur vie était consacrée à la prière ( dévouement total à Dieu ), au jardinage aux travaux de tissage et à l'étude... et tout ça dans le silence... elles pouvaient discuter entre elles 2h par jour tout en travaillant et pis c'est tout. Pour ce qui est des relations avec leur famille, parloirs ( aveugles pendant très longtemps... ), sous la surveillance d'une frangine... et si la famille apportait quelques sucreries, elles utilisaient un système de tourniquet dans le mur afin qu'il n'y ait aucun contact physique...
Cette vie aussi dure qu'elle puisse paraitre était un grand privilège pour les jeunes filles qui y avaient accès.
( Dans un des patios, survit un pommier de 470 ans... qui fournit encore des fruits ! Moi je dis, ça fait douter... )
La casa de la moneda était le lieu de fabrication d'un grand nombre de monnaies d'Amérique du Sud mais aussi espagnoles ( et oui avec les mines d'argent y'avait de quoi faire... ). ll reste encore les machines énormes ( 2 étages tout de même ) qui permettaient d'affiner l'argent actionnées par 4 mules ) mais aussi les machines plus récentes. Les monnaies partaient par bateaux en descendant le Rio de la Plata ( Plata en castillan c'est l'argent, utilisé de la même façon que nous, pour signifier le métal et les sous sous... ) jusqu'à l'océan... je vous laisse imaginer les pirates, les trésors au fond de l'eau et tout ça tout ça... ( anecdote : les etats-uniens ont retrouvé un de ces " trésors ", qui donc appartient à la Bolivie... mais bon ces eux qui ont trouvé les caisses remplies de monnaies alors ils les ont gardées, mais comme ce sont des gens bien ils ont quand même donné 2 pièces ( Ouhou !!! ) à la Casa de la Moneda.... )
Pour finir notre visite, nous sommes allés visités les mines...
Au détour d'une rue, nous avons été aborés par Roberto, un bolivien édenté qui prétendait parler 7 langues ( pas flagrant... ) et connaitre les mines mieux que sa poche ( complètement flagrant ! ).
La ville est remplie d'agences qui proposent des visites à la mine et nous on tombe sur le seul gars qui fait ça tout seul, juste en abordant les gens... Ils nous donne rendez-vous sur la place principale le lendemain à 14h...Nous passons la soirée à nous demander si c'est une arnaque ou pas... et puis le lendemain nous décidons de lui faire confiance...
Nous étions seuls avec lui ( un tour dans les mines c'est par groupe de au moins 4 à 6 personnes... ). En parlant avec lui, nous apprenons, que Roberto est un ancien mineur, il a commencé à l'âge de 14 ans et à l'âge de 20 ans, pendant Noël ( c'est à dire quand tout le monde fait la fête et boit plein d'alcool pour oublier pendant quelques jours la dureté extrème de sa vie ), il s'est perdu dans les mines... tout seul... sans lumière.. pendant 3 jours ! (il nous a mis dans le noir pour nous montrer.. moins d'une minute... moi j'étais déjà hystérique ! ). Pour survivre il s'est assis et pour ne pas mourir de soif il a bu le seul liquide qu'il avait en sa possession... Sa famille l'a retrouvé et quand il est sorti il n'est plus jamais retourné travailler à la mine... alors il s'est mis à lire l'histoire de son pays et de sa ville... il parle Quechua courament ( c'est une langue aux sonorités incroyables, impossible à reproduire pour nos pauvres cordes vocales ! ) et de toute façon c'est la langue qu'ils utilisent la plupart du temps entre eux, le castillan c'est pour nous et pour les nouvelles générations qui ne veulent pas apprendre cette vieille langue... ( heureusement Evo Morales a réinstauré l'apprentissage du Quechua et de l'Aymara dans certaines écoles ). Bref on en autant appris sur la mine que sur Potosí et l'invasion des espagnols ( plus j'en apprends sur l'invasion des espagnols plus je me dis qu'ils arrivent en bonne place dans la cruauté... à l'époque bien sûr... ).
Donc cette visite...
Nous voilà parti avec Roberto.
1er arrét, le marché des mineurs.Il s'agit, à mon avis, de la rue la plus dangereuse du monde !
En effet tout le long de cette rue, se succèdent de petits locaux remplis de tout le matériel nécessaire aux mineurs... casques, lampes, masques, TNT, mèches et explosifs !! Comme ça, entassés un peu n'importe comment... une étincelle et c'est une explosion en chaine... et des explosifs et du TNT y'en a par centaines de kilos !
Bref il embarque un explosif ( il nous le montre en nous disant qu'il ne faut surtout pas le laisser tomber, et puis il le fourre dans son sac à dos ! ), 1 mèche et 1 kilo de TNT...
On repart.
2ème arret, le marché des cadeaux pour les mineurs... on ne visite pas les mines sans emporter des cadeaux pour les mineurs... coca, cloppes, coca, alcool ( 95 degrés... pour boire ! ), coca, chocolat pour les enfants, coca, coca, coca et encore un peu de coca !
On repart...
3ème arret, on s'habille. Ben oui c'est poussiéreux et dangereux ( ah bon !! ) la mine... Pantalon, veste, lampe ( ah j'ai oublié le nom du combustible... mais pas électrique donc ! A la flamme ! ) et casque bien sûr. )
On repart !!!!!
Et enfin nous voilà à l'entrée de la mine...
Et la visite commence... l'angoisse... un dédale de galeries, en général très basses, et très mal ettayées... on écoute et au bruit on rejoint les mineurs, qui ( ils ont l'habitude ) nous laisse passer un peu de temps avec eux ( bon l'avantage c'est que Roberto connait tout le monde ! )... bon c'est simple leurs conditions de travail c'est l'enfer.
Quelques feuilles de coca et nous repartons.
Et puis nous arrivons à La Rencontre... El Tio.
Précision : les mineurs sont généralement catholiques, très catholiques... à l'extérieur... parce qu'à l'intérieur, la divinité c'est le diable... el Tio.
Dans une galerie sans issue, nous nous retrouvons nez à nez avec une sculpture le représentant, assis, des cornes immenses et bien sur un sexe démesuré en érection ! il est recouvert de feuilles de coca, de confettis, de mégots et autres offrandes.
Tous les vendredis soirs les mineurs se retrouvent, pour lui faire ces offrandes, accompagnées de prières ( pour protéger leur famille, les aider à trouver un bon filon etc.. ), et ils passent quelques heures à discuter entre eux en prenant de la coca et en buvant leur alcool à 95 degrés (evidemment ils sortent tout bourrés ! )... et nous nous avons fait pareil, avec Roberto ( Jérémi a goutté l'alcool, moi j'a pas osé ! ) ! C'était génial... nous avons écouté Roberto nous raconter les histoires de la mine ( les apparitions du diable sous l'apparence d'un mineur pour acheter les âmes des mineurs contre un filon etc... ) et bien sur nous lui avons un peu parlé de la mine en France... On est resté plus longtemps que prévu car il y a eu 8 explosions pas loin de nous....
Franchement on risque notre vie tous les 4 matins !!!
Et à la sortie... tout n'était pas fini !
Roberto a sorti le TNT et tout le toutim... et il nous a fait une belle démonstration d'explosion ( sur les photos je tiens bien le sachet de TNT avec l'explosif et la mèche... alumée ! ).
C'était impressionnant...
Bref nous sommes rentrés remplis d'images, de mots, d'histoires...
Et puis le lendemain, nous quittons Potosí pour Uyuni...
A suivre...
PS : tous les enfants et toutes les filles se tordent le cou pour admirer Jérémi le flamboyant aux yeux verts !!! Moi en revanche... à part que je suis un peu pâle... nada !
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