mardi 19 août 2008

Chiclayo!!! La ciudad de la amistad.

Il est vrai qu'il souffle un vent de prospérité sur la ville de Chiclayo. C'est peut être le vent de la côte nord, qui vient adoucir de son souffle les moeurs de cette ville-oasis.
Autour tout est sec, une immense étendue aride et sablonneuse, où la végétation naine retient, accroche, la multitude de sacs plastiques ou autres pollueurs qui jonchent le sol et rendent visible, en premier plan, une certaine misère. Au-delà les horizons infinis que nous offrent les alentours de Chiclayo coupent la chique!

Fraîchements débarqués, mals en point, (surtout Gali, persuadée désormais de transporter d'autres petits voyageurs, confortablements nichés dans sa flore (ou Faune) intestinale...), il convenait de dénicher Maude (une amie qui fait de l'archéologie sur les sites environnants Chiclayo que nous avions rencontrée à Huanchaco...) qui niche chez Nadège (Globe trotteuse dont l'endurance et la fidélité à l'alliance Française lui ont fait parcourir le Monde).
Un coup de fil et le contact est lié ; dans les rues on se faufile, et très vite on se retrouve autour d'un café.
Maude est cadavérique, un séjour à Tarapoto (jungle amazonnienne) et une semaine de diète chamanique l'ont mise sur le carreau. Gali se tord en deux de douleur de bide dans son lit, il ne me reste plus qu'à errer au marché central non loin de chez Nadège.

Il n'est pas faux de dire que l'immanquable mercado Modelo est l'un des plus chouette du pays. On ne dit pas que c'est peut-être aussi le plus chaud... (il y a des endroits où les commerçants du marché nous interdisaient complètement l'accès. "Avec tes cheveux de gringo, tu vas ressortir à poil"...Ce qui ne nous a pas empêché d'y foutre notre nez quand même).
C'est un tel dédal que j'avais peur d'y croiser le Minautore. Poissons, viandes, ustensils en tous genres, fruits, légumes, tissages, artisanats, métiers à coudre etc. etc. s'étalent sur plusieurs blokcs. Ça n'a pas de fin. Ça grouile de bruits d'odeurs et de saveurs délicieuses.

Une petite partie, proche d'une des entrées principales, est consacrée aux Chamans (mercado de los brujos). C'est la que les guérisseurs viennent se fournir. Tu trouves de tout. On te propose de tout : Maca, gigembre, fortifiants sexuels, San pedro, fertilisants, anti-arthritiques, parfums de seduction, sabres et épées chamaniques, pierres, cannabis, amulettes, graines, potions en tout genre et plantes pour celles-ci, Ayahuaska etc. etc. ad libitum.
La dernière plante citée, très répandue au Pérou, l' Ayahuaska, est une liane qui délie les esprits. On l'appelle d'ailleur la "liane des esprits". Absorbée sous forme de potion dégeulasse (à ce qu'on en dit), les Chamans l'utilisaient autrefois comme rituel initiatique, dont les effets psychotropes sont accompagnés de chants et danses insomniaques. Bon celui qui l'a absorbé ne risque ni de chanter ni de danser, dans la mesure ou son corps est inerte, tout juste bon à dégueuler, en plein délire allucinogène. Ce sont les guides du voyage initiatiques, les encadreurs du délire qui exécutent le rituel ( Je me dis que le chaman, tout de même humain, doit vite se lasser de chanter-danser huit à dix heures durant, et que s'il n'est pas con, aurait tout intérêt à leur passer un C.D. gravé en boucle... De toute façon ils sont tellement perchés qu'ils ne doivent pas sentir de différence entre la voix du Chaman live et celle de la bande magnétophonique...).
Aujourd'hui, bon nombre de gens viennent dans les parages (mais surtout à Tarapoto) pour consommer ce genre de plantes et enfin! se découvrir. Car tout ce que la plante te montre fait office de vérité presque divine! Il est de bon goût chez les jeunes touristes occidentaux d'aller balancer 50 dollars dans un Chaman de confiance pour se taper huit heures de grand huit et une semaine de remontées et de boufées délirantes. Je ne vous dis pas le nombre de paumés qui vivent en communauté et font commerce autour de la défonce sous couvert de Chamanisme. Je vous dis encore moins combien de crédules vont se jeter dans leurs rets et trouvent que ça, la vie en communauté, l'artisanat, "l'art", la nature, la spiritualité, parler aux chats, aux arbres, aux pierres, c'est la vraie vie! Après ça ils te disent que les européens sont trop étroits d'esprits pour pouvoir entendre de pareilles choses, que tu passes auprès d'eux pour un fou, en déversant ces vérités divines dans leur petites oreilles etc. etc. Le fou est toujours celui qui s'ignore. Mais ne sont ils pas fous ces européens qui s'exilent sur d'autres terres desquelles ils s'exilent à nouveau pour un univers qu'eux seuls peuvent envier, de leur profond intérieur. Parce que de l'extérieur, le résultat est assez minable. Consumériste. Nous sommes loin de l'état de purification et de purge, de propreté du corps spirituel, emotionnel et mental que prodiguaient les anciens. Loin de s'ouvrir pour accéder aux facultés psychiques, leur âme sent plutôt le renfermé sur ses propres déchets et névroses. Nous sommes plus près du "Chimpanzanisme" que du Chamanisme. Au fait, en deux mille douze, c'est prouvé Chamaniquement , la Terre inverse ses pôles (cycle hémisphérique parital en sommes...). Alors occidentaux, tremblez! et préparez vous à vivre des cataclysmes asiatiques, à souffrir de moustiques tropicaux et de chaleurs africaines!
Et le Mercado Modelo propose avec insistance ce genre de voyages aux touristes maladroitements curieux, et indélébilement tatoués de fausses croyances.

Bref, sortons du marché et de ses univers Chimériques. Direction Lambayeque, à quinze minutes au nord de Chiclayo. Cette ville a pour fierté de receuillir le musée des tombes royales de Sipán, de renommée mondiale, en forme de pyramide rouge-bordeaux. Maude ayant travaillé un an comme Guide du musée et que cet univers la passionne, nous nous sommes laissés guider par ses soins deux heures durant parmis les merveilles déterrées à Sipán (céramiques, objets fins, boucles d'oreilles en or, boucles nasales cachant la bouche aussi, colliers en spondilus, en or, en bronze, etc. etc.) et conservées intactes par les petites billes de sable qui les tenaient secrètement enfouies.
Toute l'histoire pré-colombienne, les techniques artisanales, les rites religieux trouvent beaucoup de réponses au musée de Lambayeque. Et notre guide n'ommet rien. Encore moins, les supercheries, les petits secrets, les faux exposés etc. etc. etc.
Nous vous aurions bien montré quelque photos, mais comme c'était scrupuleusement interdit et contrôlé il faudra venir le visiter ou faire des recherches pour en connaître les perles.

Un autre musée, Bruning, présente la collection privée de l'archéologue allemand du même nom. Moins conséquente et passionnante que précedemment, la collection reste toutefois impressionnante ; et demeure une bonne source d'information sur les cultures Chimú, Chavìn et Vicus. Tout cela au travers de poteries, métaux travaillés, maquettes etc. etc.

Le site archéologique de Sipán n'est pas dépourvu de sensations et d'émotions. Les fouilles sont toujours en cours, des trésors inestimables restent à trouver. Et bien qu'ayant découvert bon nombre de tombes mochicas princières (celle du seigneur de Sipán), religieuses, et secondaires, il y a encore du pain sur la planche. Quand tu vois l'avancée des travaux en dix ans, tu te dis que l'archéologie est une science aussi rapide que l'érosion qui ravine la Huaca de Sipán.
De nombreux Huaqueros (pilleurs de tombes) viennent rajouter du piquant aux nombreuses superstitions qui vont bon cours sur le site. Ces creuseurs-voleurs, bien plus rapides et brutaux que les archéologues ont instauré un véritable marché "sous le manteau", d'objets archéologiques uniques au monde. Beaucoup sont eparpillés aux quatre coins du globe après avoir été pillés. Ce marché illégal et immoral (il faut bien manger me direz-vous!) est connus des archéologues. Lesquels vont d'ailleurs personnellement s'insérer dans ce circuit pour racheter les objets et ainsi les conserver de leur sort mercantile (soit en les remettant au musée, soit en les gardant chez eux...). Ce sont d'ailleurs ces huaqueros qui ont découvert le site de Sipàn, qui pourrait très bien passer pour une simple bute de terre (alors qu'il s'agissait d'immenses pyramides bâties avec des millions de briques d'adobe), lesquels avaient déjà vidés une tombe majeure avant la mise en sécurité et en fouille du site. Tout cela ne s'est pas passé sans escarmouche.Un huaquero s'est d'ailleurs fait descendre par les forces de l'ordre.

D'autre Huacas splendides ont reçu notre visite pour notre plus grande joie. Notamment dans la ville peu connue de Tucume, à un peu plus d'une heure de Chiclayo. Cette dernière capitale de Sicán abritait non moins de 26 pyramides réparties sur 200 ha, le tout dans un paysage absolument incroyable. Le phénomène climatique el niño a tout dévasté. D'autres civilisations ont rebâti par dessus (dont les Chimú). Les photos depuis le miradore du cerro purgatorio vous donneront un aperçu de l'ampleur du site et de ce qu'il en reste.

Proches de l'océan, nous n'avons pu résister à l'envie de visiter les villes côtières. Passant du bus au taxi et du taxi au moto-taxi pour revenir au bus. Le tout sous une chaleur écrasante. Très éprouvante, autant que distrayante, cette visite de Pimentel (où vous apercevrer ses immenses plages défoncées, grises et polluées où d'immenses raffiots rouillés et délabrés sont en villiégiature parmis ceux qui ont encorela chance de voguer. Son pont-jetée immense où tu risques de te faire dépouiller tout le temps etc.), de Santa Rosa (encore plus triste,encore plus glauque, plus délabrée. Les habitants de cette ville te regardent comme le mouton qu'ils s'apprêtent à égorger. Nous voulions y déguster un ceviche, mais avons dû tracer sur la ville suivante en faisant étape à Monsefu pour une correspondance...) et de Puerto Etén (Petit havre de paix déserté aux plages immensément vierges. Nous avons pu y goûter notre ceviche après qu'un moto-taxi, ayant bravé une rivière et des sables mouvants nous ait déposé sur la côte), aura bien occupée et pimentée une de nos journées dans la région.


Pour finir, notre dernière visite fût au bosquet le plus vieux (paraît-il) et le plus sec du Pays : El bosque de Pomac. Encore une fois, vous disposez d'images sur le blog. Dans une Pampa immense, plane et verdoyante au millieu de la sécheresse, ce bosquet protège une forêt de algarrobos (Prosopis). Après une heure et demi de marche rapide, depuis le sommet de la petite montagne, la vue est absolument imprenable. Quelques Huacas ont encore élu refuge en ces lieux par le passé, et n'ont l'air, depuis le miradore, que d'un tas de sable tout à fait naturel. Alors qu'il s'agit en réalité de tonnes et de tonnes de briques d'adobes fondues par les heures et les eaux.

La traversée de la forêt est aussi flippante que stimulante pout l'imagination. Tu la traverses seul, sans personne et sans bruit (hormis quelques oiseaux multicolores). À la merci de tout, tu es seul dans le bosque de Pomac, aux allures fantastiques. Nous avons apprécié l'absence quasi totale de structure touristique. Hormis un type qui tente vainement de se faire ton guide, un mototaxi qui te propose de faire tout le tour pour une petite somme, et un panneau indicant un arbre millénaire et le miradore, rien. Encore une fois, je vous laisse vous en remettre aux photos.

Comme vous l'aurez compris, Chiclayo et ses alentours ne se visitent que par les curieux de cultures et de civilisations ancestrales. Les autres vont faire du ski à Huaraz, se défoncer le cactus à Tarapoto, faire des clichés au Macchu Picchu, surfer à Huanchaco, bronzer vers Titicaca et se débaucher à Lima...

Bises à vous.

P:S. : Merci àMaude et Nadège tout spécialement et pour tout.




2 commentaires:

teresa a dit…

Hola gringos...
Ben on y était en même temps que vous !!! on aurait pu se croiser cela aurait été drôle non ???
Nous sommes rentrées saines et sauves et la rentrée c'est pour bientot... bonne route à vous deux et à bientot
teresa

Unknown a dit…

Effectivement, nous aurions pu nous revoir à Chiclayo qui fut la fin de notre périple péruvien... Ce fut un fabuleux voyage mais toutes les bonnes choses ont une fin... et demain, c'est la pré-rentrée pour les profs... Pas facile de s'y remettre quand on a encore la tête dans les Andes !!! Bonne continuation et merci pour vos articles et les photos qui vont avec...Isabelle, l'amie de Térésa