Cuenca posséde ses attraits, ses coups de coeur, ses rencontres etc. Mais les lois de l'itinérance impliquent qu'á une arrivée succede un départ. De cette courte vie passée a Cuenca une chose füt difficile a laisser, ou plutöt une personne : Chino! Le meilleur moyen d'atténuer les affres de la séparation serait de l'emporter dans nos bagages. L'homme est facile a corrompre, surtout lorsqu'il n'a pas manqué, depuis cinq ans, une seule ouverture de son bar. Le bougre va mëme précipiter le départ. De sorte que nous sommes partis 1 matin comme des ombres, sans se préparer ni se retourner.
-MONTAÑITA-
Notre trio emprunte la mëme route que pour se rendre á Ayampe, mais en faisant étape trois nuits a Montañita. Ce nom ne sonne peut ëtre pas familierement á vos oreilles, mais ce petit village paisible connaït une renommée mondiale.
Pour le surf tout d'abord, car la baie fournit d'inlassables vagues. Lesquelles viennent écumer de larges plages vierges et sans fin. Juste une incitation á marcher, á errer sans obstacles.
Et pour la drogue aussi. 90% de la population est addict á quelque chose. Avant de te vendre un hébergement on te propose déjá marijuana, cocaïne, crack, héroïne etc. La ville s'éveille tranquilement vers les 13/14 heures, comme peuplée de zombies. Il faut dire que la raison de vivre de Montañita, c'est la fiesta. 365 nuits par an sans interruption avec orgies maximales les soirs de pleine lune. Ca pompe l'énergie tout ca, et ca trompe les oiseaux charognards qui survolent les rues pensant recevoir, d'ici peu, un cadavre tout chaud.
Pour toutes ces raisons, les européens, étatsuniens et israéliens sont trés friands du village... Ils restent trois semaines, un, deux, trois mois afin de bien s'imbiber de son ambiance.
Nous avons rencontré un trés bon ami de Chino qui vit lá-bas depuis trop longtemps. Ce fou furieux d'une cinquantaine d'année prétend cacher un livre (rédigé par ses soins) en Colombie relatant la vraie vie de J.C.. Toutes ces vérités que le Vatican, l'Opus Dei et autres organisations de criminalité théologique déforment(J.P.II a été assassiné au passage, juste avant de nous révéler toute l'affaire!).C'est ainsi que, ayant découvert (par pur hasard) les documents originaux écrits en hébreux ancien, il s'est mit á les déchiffrer, découvrant toute la vie du crucifié (qui n'a pas été crucifié, en fait...). C'est ainsi que depuis vingt ans il raconte sur les toits l'histoire (faussée, frelatée et incompléte) du "Da Vinci Code". Que Jésus aurait étudié entre autre la médecine en Grece. Qu'il était marié a´Marie Madeleine. Que Joseph n'était pas charpentier mais P.D.G d'une grosse entreprise de charpenterie au compte de l'Empire. Que Marie, sa mére, serait de la haute société et appartiendrait au sénat patatipataprout...
Ce cinglé, pas désagréable á écouter car excellent orateur, abreuve ses nuits de fëtes depuis vingt ans et ne vit plus que pour ca. Il a mëme organisé la fëte la plus longue d'Équateur : quatres jours pleins sans interruption, des milliers de litres de biére... Durant cette orgie, monsieur s'est donné la peine d'aller faire un arrët cardiaque á l'hopital, de revenir á la vie et d'aller finir la féte qu'il a lancée en étant le dernier á danser.
Y'a des personnages comme ca á Montañita. Et ils te somment de t'installer ici, te proposent mëme des prix pour des terrains ; car, selon leurs dires, c'est le paradis, un point á part du monde...Mouais...
Faut bien reconnaïtre que le troisiemme jour füt difficile. Nous restions davantage pour Chino que par envie. Déja´dés le deuxiéme jour nous voulions détruire du "babos", casser la gueule du premier pelé qui te dit "peace and love" ou "faut vivre l'instant présent, profiter du jour sans penser au lendemain", de botter le cul du premier gringo qui te regarde avec un regard bovin (lequel gringo sous ses allures de créve la faim, sous son style "baba cool" et ses cheveux emmëlés est vëtu Quicksilver jusqu'au cache sexe, se protége du soleil chez Ray Ban, décuve au Coca Cola, fume des Marlboros et paie sa came quatre fois le prix...). Toute une population friquée et branchée qui se donne des airs de débauche.
HOP! On fout Chino dans le bus qui part dans le sens opposé au nötre et nous sommes péperes, on se tire de ce trou á cons!
Ah non... La belge (ce mot concentre dans notre esprit toutes les injures du monde, c'est le plus grand boulet qu'on a jamais rencontré et qu'on se traine depuis Cuenca...) vient de débarquer (Montañita, c'est son fief) et vient nous sucer le peu de sang, d'énergie et de joie qui nous restait. Vite! On se bouffe un terrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrible Ceviche d'hüitres géantes au poivre et on part le plus loin possible!!!!
-PUERTO LOPEZ-
Aprés avoir bien rodé pour trouver une cabane nous sommes toujours investis du stress d'ëtre suivis par un de nos empëcheurs de tourner en rond, ou de tomber sur de nouveaux. On est pas assez loin, todavia! Le mieux c'est de s'aérer tranquilo la caboche en faisant d'interminables promenades en long, en large et en travers sur les plages de la ville. La seule chose á faire ici, c'est partir voir les baleines ou les fous á pattes bleues de la Isla de la Plata. Mais c'est déjá du passé pour nous.
-MANTA-
Aprés deux nuits de déprésurisation le besoin se ressent de s'éloigner toujours davantage. Aprés avoir traversé Agua Blanca, Jipijapa, Montecristi ( Oú sont fabriqués les plus beaux Panamas au monde) nous débarquons dans l'austére cité cötiére de Manta.
Notre hostel excentré nous impose une périlleuse et peu attrayante marche d'une heure vers la plage. Et bien que l'endroit soit trés prisé des Équatoriens en villégiature, nous n'avons pas vraiment été sensibles á ses charmes. Béton, asphalte, noirceur düe á la pollution et infrastructures touristiques nous ont rapidement écartés de l'aréne de sable pour faire un détour par la ville. Et lá encore, hormis nous perdre dans l'immense quadrillage et risquer á plusieurs reprises de se faire voler nos affaires, autant dire que le coup de coeur n'était pas au rendez-vous.
L'ambiance particuliére de Manta nous est un peu passée sous le pif (saison basse aussi...). Davantage frappés nous fúmes par la grisaille qui y régne, les grands axes routiers qui longent la cöte, imperméables aux piétons et le port cimenté tel un centre de détention, á l'activité frénétique (complétement fermés par les brises lames le long desquels ruisellent des eaux noirätres...)
Sur la plage de Tarqui (de l'autre cöté du complexe militaro-gringo-portuaire), dés le lever du jour, une marché quotidien se dresse oú les pëcheurs viennent vider leur filets et les commercants remplir leur négoce. Et bien que ces artisans peinent á concurrencer l'orgie industrielle du port, il régne une agitation qui ne s'est pas défraïchie. Des centaines de requins et de variétés de poissons gisent dans le sable ou sur les étals. Un musée marin autant qu'une boucherie. Les coups de couteaux, les bruits de chair et d'os pleuvent en symphonie. Lames sensibles, s'abstenir. Assister á cette scéne avec le ventre vide du petit matin t'incite trés vite á te retrancher sur un petit déj' composé de pain et de sucreries afin d'éponger les inhalations cadavériques qui sévissent dans ce marché.
D'autres perles nous attendent, vamonos!
-BAHIA DE CARAQUEZ-
Pour tirer rapidement le portrait de Bahia (comme disent les "bahianais") il s'agit d'une ville péninsulaire trés propre, dont le pourtour est inversti par de trés hautes bätisses blanches. Jusqu'au milieu du XXeme siécle cette baie était le principal port du pays (aujourd'hui largement dépassée par Manta et Gayaquil). Son déclassement est moins dü á des maladresses de gestion industrielles qu'á la guigne, la poisse, la malasuerte. En effet, dame nature a jeté sur Bahia un funeste sort : le phénomene naturel El Niño a provoqué glissements de terrains et déluges de boue dans les rues en 1998 ; ainsi qu'un (cerise sur le ghetto) terrible teremoto d'une force de 7.2 sur l'échelle de Richter (faut ëtre con aussi pour monter á sept sur l'échelle de Richter...). Toutes ces raisons ont insufflé une sorte de mentalité qui encaisse les coups durs et se redresse apres chaque atteinte et dévellope une culture du recyclage et du "dévelopement durable" (comme il est bien pensant de le dire) faisant de cette ville un exemple "d'éco-cité".
Nous pénétrons donc cette avancée de terre chargés comme des mules, faisant du porte á porte pour débusquer un hébergement.Allez comprendre pourquoi, mais mëme les cages á lapins te coütent la peau du slip. Alors quitte á dormir dans un terrier, autant qu'il ne soit pas onéreux! Galére...
Aprés une journéede marche le long des cötes de Bahia, en hau tde Bahia et en bas de Bahia, la nuit nous tombe dessus comme un couperet et finit par nous retrancher dans nos quartiers.
Va encore savoir pourquoi, mais ce taudis est équipé d'un tube cathodique mais pas de l'eau chaude (ben y'a des priorités dans la vie...). Comment dire?... nous avons passés une nuit de folie! Mais sans faire la fiesta puisque Bahia est morte.Plutöt en raison de l'épaisseur des cloisons qui te séparent (ou rapprochent, selon) des tes charmants et éduqués voisins... Impossible de fermer l'oeil de la nuit. Entre le gonze sourd comme un pot de chambre qui écoute la télé en survolume et qui remet le couvert á trois heures du matin parcequ'un cinglé sonne frénétiquement á la porte depuis vingt cinq minutes et l'empëche de dormir, les bourrés qui reviennent du mariage d'á cöté, les derniers fëtards qui confondent le hall de l'hotel avec un café philosophique et toujours le premier con qui regarde je ne sais quelle porcherie á sept heures du mat, je ne sais vraiment pas comment aucun de nous ne s'est munit d'une arme pour réinstaller la tranquilité, l'éternelle tranquilité.
C'est donc le moral dans les chaussettes, des valises sous les yeux et avec l'énergie d'un plancton que nous fuyons via un ferry vers l'autre rive, San Vicente, d'oú un bus peut nous emmener á quelques kilométres au nord.
-CANOA-
Le bus quitte la Panaméricaine pour longer la plage qui borde Canoa et nous fait découvrir ce petit village de pëcheurs aux airs paradisiaques. Nous plaignant á l'avance de la hauteur des prix dans le coin, le chauffeur nous dépose devant l'auberge de son beau pére et va lui mëme négocier la chambre tandis que les passagers patientent.
Voici comment, en deux coups de cuillere il ne nous reste plus qu'á apprécier les lieux. En haute saison, les lits manquent. Lá, c'est désert. Pas un cheveux blond de surfeur. Nous nous sommes, du coup, un peu éternisés dans ce havre de paix, profitant de longues marches sur les plages plus ou moins larges selon les marées. Délirant sur la faune des lieux (aussi bien les piafs que les micro-organismes du sable), de baignades dans les eaux chaudes de l'hiver, se gavant de ceviches,de poissons, de calamars, de coquillages (pas vu la couleur d'un pollo ou chancho dis donc!). Notre seule obligation lá-bas füt de nous laisser aller á ëtre.
Pour l'anecdote, si tu flanques un coup de pied ou frotte le sable la nuit, celui-ci se remplit de mille petites paillettes fluorescentes. Ce sont des sortes de vers luisants du sable. Rare, non? Nous n'en avons jamais revu ailleurs.
Mëme si tout est bien Chevere ici, l'appel du large a eu raison de nous, mëme si c'est pour retrouver les enfers. Tres töt, avant l'ouverture des écoles, nous attendons sur le bord de la route qu'un bus daigne pointer le bout de son nez et nous cueuillir.
-MOMPICHE-
Aprés avoir enchainé les correspondances, nous voici parachutés au croisement de la Panaméricaine et du chemin de terre qui conduit au petit village de Mompiche, en pleine jungle cötiére. De lá, il faut attendre qu'un bus vienne du nord et nous charrie, qu'un moto-taxi daigne montrer ses phares ou qu'un pick-up te . Apres une longue heure d'attente nous voici á l'arriére du 4X4 au sein d'une population variée (des écolieres au ramasseur de noix de cocos munit d'une lame qui ferait rougir Crocodile Dundy), arpentant cette forët peuplée de singes, aux allures de paradis terrestre. Méme les feuilles du plus petit palmier sont plus grandes que nous autres humains!
Le bourré qui conduit le Pick-up se décharge de ses occupants. Nous voici, encore une fois, au bord de l'eau, dans une autre havre de paix, mais encore plus isolé cette fois-ci. Pas un seul touriste! (enfin presque, sur les deux qu'il y avait, une s'est faite violer et son copain poignarder dans le ventre, durant une longue balade sur la plage, loin de Mompiche).
Le programme reste assez fidele á lui mëme : marches, ceviches, etc.
Le regard persant de Gali a pu dénicher nos amis les fous á pattes bleues á flanc de falaise (accessible en marée basse uniquement) ; nous avons également découvert, par un chemin embusqué, une plage isolée de chez isolée entre deux a-pics : son sable est entiérement noir!!!
En parlant de ca, nous sommes rentrés depuis Canoa dans une zone afro-équatorienne aux métissages allucinants. (les Équatoriens ont limite l'air de gringo tellement ils sont päles á cöté d'eux...), et avec des ambiances vraiment détendues : s'il y a du poisson á Mompiche, on en mange, s'il n'y en a pas, il faut attendre qu'il y en ai de nouveau. Pareil pour le pain, l'électricité etc.
Pour le reste, réferez-vous aux photos.
-SAME-
De Mompiche, un bus décolle vers 7h30 sans savoir s'il va arriver, ni a quelle heure. Les étudiants de tous äges qui vont étudier á Atacames, s'arrachent les cheveux face á la lenteur du transport. Il faut dire que le chauffeur connait tout le monde et fait en sorte de s'assurer que personne ne manque á l'appel. Et les trois quart de la population étrange qui prend ce bus est toujours en retard.
On se fait larguer au mauvais endroit, au bord de la panaméricaine. Rebroussant chemin vers Same á pied. Comme il est impossible de trouver une chambre á moins de 25 dollars par personne on décide de juste passer la journée ici , de se payer une douche, et de profiter jusqu'au bus de 22H30 pour Quito.
Par marée basse nous pouvons rejoindre un autre petit village charmant de purs pëcheurs artisanaux aux techniques aussi loufoques qu'efficaces, face auxquels des escadrons de pélicans s'exercent également á la chasse en mer. Nous profitons d'autant plus de cette plage que nous serons demain, 5h00 du matin, á Quito.
A l'opposé total du petit village de pëcheurs, en repassant pas Same, la plage s'élargie sur un endroit artificiel nommé Casablanca. Toute la montagne est recouverte d'une ville aux édifices blancs qui n'est autre qu'un ghetto pour riches de type Fisher Island en Floride. Musée de piscines avec gardiens pour s'assurer que les pauvres ne vont pás venir pourrir leurs eaux cristallines, apparts avec vue sur l'infini du Pacifique, luxe etc. En cette saison, c'est complétement vide et ca fout les chocotes ; alors imaginez quand c'est plein de richards... Nous nous sommes perdus lá-bas par pure nécessité et fumes bien content de sortir de cet univers asceptisé, cet ersatz pour privilégiés.
Same est si petit qu'au retour nocturne par la plage, nous n'arrivions plus á en trouver l'accés au point que nous avons failli rater le bus que nous attendions toute la soirée. Dernier coup de stress dont on se serait bien passés. Mais le Bus nous a attendu, alors que 8 heures de route l'attendaient.
Ca y est, la cöte est á present derriére nous et nous dans le bus. Encore une nuit sans sommeil, saupoudrée de musique toute la nuit, l'exces de chaleur puis de froid (Quito est á 2850 m tout de mëme...), des exces de vitesse aussi (on s'est d'ailleurs fait arrëter par les chapas (les condés quoi...) qui ont dü barrer la route avec leur véhicule pour neutraliser le bus et qui en ont profité, du coup, pour fouiller les soutes), l'exces de connerie du chauffeur qui nous a fait valdinguer comme des boeufs, et l'exces de connerie de la compagnie qui nous fout dans un bus avec des sieges qui ne se déplient pas, toute la nuit, assis.
Nous voici á Quito désormais. Aujourd'hui mëme nous attendons l'arrivée des parents qui viennent tailler un peu de route avec nous.
J'espere que ce trajet Cuenca-Quito n'aura pas été trop fastidieux pour vos yeux et votre mental (malgré l'anarchie des accents).
A la prochaine les amis.
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