C'est excitant de passer la frontière ecuatoriano-columbiana. Ça fout un peu les chocotes aussi. D'une part car notre passeport n'est pas vraiment en règle bien qu'il le soit quand même. D'autre part parcequ'on nous bourre la cervelle occidentale avec les guerrilleros. Et si ce n'est pas avec eux, c'est avec la mafia, qui enlève les visages pâles en vue d'une rançon dodue ; ou bien encore avec les colombiens qui, c'est bien connu, sont ou terroristes, ou délinquants, ou narcotrafficants, ou junkies, ou voleurs etc.
Un ammas de présuposés erronés qui nuisent violemment au pays et à son rayonnement. Et bien sûr, oui, une bonne partie de la drogue s'en va aux États-unis d'Amérique sous forme de cocaïne, ce qui leur pose un problème aux gringos. Lesquels acculent ce pays pour une addiction qui sévit dans le leur. Toujours plus facile d'accuser le voisin, non? D'autant que les problèmes de drogue-addiction ne concernent ici que 2.5% de la population. Le sous-dévellopé est forcément coupable, source du mal, tandis que les acheteurs nord américains, eux, ne sont que de pauvres victimes, agneaux dans un monde tentateur où les vices affluent de l'extérieur. Si les bourges de Miami s'en foutent plein les narines de cette poudre immaculée, si hollywood est cocaïnomane s'est uniquement sous la pression d'une offre sans demande. Mon oeil...
Bref revenons à nos moutons car ce qui devait être une introduction s'est transformé en digression.
Vamonos d'Equateur, le visa expire. Pincement au coeur et excitation s'entremêlent. Quito : repos, boulot, bistrot, dodo. À présent, passage de frontière qui peut devenir l'enfer. Ça passe ou ça passe pas?! Comment savoir... Ça passe. C'est même plus difficile de sortir d'Équateur que de rentrer en Colombie. La queue est interminable et sort du bâtiment. Un seul bureau est ouvert, occupé par un seul douanier ralenti (c'est à dire un quart des capacités humaines normalement requises...) . Le tout saupoudré d'un prêcheur péruviens autoritaire vêtu comme un illuminé qui me donne un cours de religion avec comme appui les articles de la bible qu'il garde précieusement dans sa poche pour donner un peu d'autorité sacrée à ses balivernes. Jugement dernier, retour du christ (actuellement au Pérou, le seul pays au monde, dit-il bien que je lui garantisse le contraire, où il y a quatres saisons), méfaits de l'alcool, de la pensée etc. etc. etc. J'en passe et des meilleurs. Bref, on rentre en Colombie comme dans du beurre. Parfait parfait. Un bus attend plus loin pour nous diriger vers Popayàn notre première étape.
POPAYÀN.
La nuit avance plus vite que le bus, et nous faisons une petite pause nocturne pour souper dans un de ces petits endroits glauques de bord de route que nous affectionnons tant. Et qu'apprend-on? Depuis hier Popayàn est à feu et à sang, les vitrines éclatent sous le passage énervé des manifestants qui se sont fait "enculer" (pardon mémé) bien propre par l'affaire des pyramides (sorte de banques qui te garantissent jusqu'à 300% d'intérêts. Le peuple s'est rué vers eux comme vers le messie (comme toujours quand on te promet le paradis) et y à investi toute sa vie de travail. Mais un beau matin ces banquiers (race honnête et philantropique de l'humanité), alors que les gens attendaient l'ouverture de la caverne d'Ali Baba, avaient désertés les locaux pour le Panama avec plusieurs millions de dollars ; laissant parfois derrière eux un petit écritau : "merci, bande de cons, de nous avoir fait confiance". Ça a de quoi énerver, non? D'autant que beaucoup de Colombiens n'ont plus un rond et parfois même plus de maison aux suites de cette entourloupe.).
Du coup, l'État Uribétin a décrété un couvre feu suite aux violences qui embrasent le pays. Interdiction de sortir dans la rue au-delà de dix-huit heures. Comment va t-on faire pour trouver un endroit ou dormir en arrivant à minuit et demi? On tapera aux portes et puis on verra bien. Au pire, les millitaires nous embarqueront et nous pourrons dormir au chaud. Noooooon... On trouve quand même un gonze endormi et à moitié aveugle pour nous ouvrir sa collection de cadenas. Tout va bien.
Le lendemain, le soleil se lève sur une ville entièrement blanche (type Sucre, Bolivie), aux rues défoncées, surchargées de véhicules et de bruits citadins. Des gens dans la rue un peu paumés, sonnés par l'histoire des pyramides. Tous neufs dans ce pays, nous ne savons pas très bien comment se comporter, l'accent sud-colombien c'est du petit chinois aux heures matinales, et nous devons changer d'hôtel (cher et pérave...). Au final, on se la taille au terminal de bus, direction San Agustin.
La route pour se rendre jusque là traverse autant le paradis (paysages montagneux tropicaux infinis et infiniments variés) qu'elle te fait vivre un enfer (pas de photos... impossible). La route, de terre, est littéralement défoncée et littéralement sinueuse. Cinq heures d'émerveillement, donc, mais aussi de tassement de rein, de sauts collectifs, de coups de tête contre la plafond et les vitres, d'envie de dégobiller etc. Bref. Partie difficile à suporter qui te rebute à l'idée de la refaire dans l'autre sens. Ce que nous éviterons d'ailleurs. Toute cette zone, aujourd'hui sécurisée, fût un haut lieu de la guérilla (le paysage s'y prête faut dire) et il est toujours déconseillé de l'emprunter. Mais bon, c'est la route... Et si le nombre de FARCS a fortement diminué dans le secteur, il est hautement compensé par la présence incessante des militaires (toujours tapis dans des fourrés ceux-là). Cette espèce de l'humanité (philantropique, toujours) a la particularité d'être camouflée, ce qui fait que tu les aperçois toujours trop tard ; cachée sous un tissu également camouflé qui leur sert de canadienne, plutôt composée de petits jeunes de dix-huit à vingt-cinq ans équipés d'armes anti-terroristes longues comme des bites de monarques (encore pardon mémé...). Quand tu les vois, comme ça, dans les moindres recoins, tu ne doutes pas une seconde que le pays vit une guerre interne. Et moi, je suis désolé, mais je n'arrive pas à faire pipi avec des tueurs boutonneux qui te reluquent, ni avec l'idée de confondre un buisson avec un maquis!
SAN AGUSTIN.(avec les testicules au niveau des amidales, le coeur et le foi inversés, les poumons dans les chaussettes etc.)
Bon ben c'est un haut lieu touristique! Ça signifie qu'il y a deux pelés et un tondu qui passe par là de temps à autre. La majorité sont colombiens, ce qui évite le risque de croiser des boulets comme on a pu en subir . Du moins les nouveaux boulets sont locaux... (on a croisé une bouffeuse de fromage quand même. Une babos. Elle avait plus l'air très nette celle-là. Complétement parano : "méfiez-vous! Méfiez-vous et faites attention quand même!").
Le bus nous propose, pour économiser l'essence de nous laisser à cinq kilomètres du point de chute. Le relai est pris par une voiture (sept dans le mini 4X4...), manoeuvrée par le chef de l'office du tourisme du village : George (prononcez "Rolré"). Lequel (surveillé de près par une autorité rattachée à la police touristique... police tout court en fait) n'est autre qu'un filou qui détourne les visiteurs vers ses propres intérêts et ses seuls copains le tout à des prix à géométrie variable selon la gueule, la nationalité et le feeling du client. Par chance il nous a apprécié... C'est ainsi que nous avons pu profiter pour une bouchée de pain de trois jours avec au programme découverte des environs (avec cultures du café, de la canne à sucre, du bambou, des granadillas ; le tout dans les payages métaphysiques des massifs andins ruisselants de cascades qui se jettent dans le rio Magdalena pour prendre la route de la côte caraïbe) à cheval, à pied et en Jeep. Visite de la campagne, certe, mais ausi d'une histoire pré-inca mystérieuse et inexpliquée, au travers des sculptures monolithiques (anthropomorphes, zoomorphes et anthropozoomorphes) parsemées ci et là. Cf. las fotografias.
San Agustin, en soi, n'est guère intérressante, hormis qu'une bonne partie de la population circule toujours à cheval ; ce qui donne une vague impression d'avoir effectué un retour dans le temps quand tu ouvres ta porte sur la rue le matin. Sinon, c'est l'ambiance village, glauque quoi. Les mecs entament une collection de bière depuis l'ouverture du bar pour le petit déj. Beaucoup de pichous (bon ils font plus peur que ceux de Montpellier, faut dire...) défoncés à ce qui traîne par-là (surtout à la chicha et à l'opium produis artisanalement par les paysans du coin). La nuit, les alarmes de voitures concurrencent les sons rythmés de la discothèque locale et des piaillements des pichasses en ruth (sous notre fenêtre évidemment...). Souvent des éclats de voix et de bouteilles de bière viennent saupoudrer cette symphonie nocturne, annonçant des combats de coqs, sûrement au sujet d'une des poules qui jacassent stupidement. La vie quoi. La nuit, San Agustin ressemble aux films de zombies de Carpenter et aux retour des morts-vivants...
Vamos!
Comme toujours, la fine équipe se lève aux aurores pour se bousiller les reins et compenser le manque d'amortisseur du bus. Même si le trajet paraît court, il vaut mieux prévoir large, car il est impossible d'imaginer la prochaine cause qui va te retarder...
Hop, en un tour de main et deux de vilebrequin, nous voici à la terminale terrestre de la Plata, où, paraît il nous pouvons rejoindre une correspondance pour San Andrès de Pisimbala et les mystères de Tierradentro.
"- Bonyour signor, y aurait il un bus pour San Andrès de Pisimbala dans les prochaines heures qui suivent?
- Mais oui mais oui! Dans une petite heure, d'ici même, même."
Une heure plus tard.
"-Rebonyour, peut on acheter le ticket pour le bus de 13 heure?
- Ah non, il faut le prendre à l'intérieur du bus. Attendez sur le quai."
Sur le quai...
"- Rerebonyour signor... comment dire, il arrive quand ce satané bus?!
-Lequel?
-Celui de 13 heures! Pour San Andrès de Pisimbala!
- Il n'y a pas de bus... Un éboulement de la montagne empêche toute circulation.
- Comment qu'on fait (ducon) (encore pardon mémé, mais des fois tu n'as pas d'autre issue que la vulgarité...)?
- Dans exactement 5 min. une voiturettte décolle du centre ville (1km vous pouvez y aller à pied ou prendre un taxi, mais vu qu'il décolle dans seulement 5 min. mieux vaut le taxi...) pour vous amener à une autre voiturette qui part de l'autre côté de l'éboulement.
-Merci. Salut."
5 Km plus loin, le centre ville...
"- Bonyour, kuf,kuf,kuf, elle est, kuf, déjà, kuf ,partie, kuf, la camionnette, kuf, pour , kuf, San Andrès de Pisimbala?
- (super mépris) Non, elle arrive d'un instant à l'autre, d'ici, une minute nada màs!
- Merci grosse "bip"."
Une heure et demi plus tard (et non une minute trente...) Arrive enfin cette foutue bagnole. Malgré tout, le moral des troupes reste bon. Pas d'insultes, pas de prise de bec, tous les cheveux restent sur la tête, Zen.
Hop, cinq minutes a l'arrière du pick-up et nous voici devant une sacrée chute de rocasses! Même en vélo il ne doit pas être évident de traverser ce bordel. Les pelles mécaniquent tentent de déblayer, pendant que de petits rochers trouvent encore amusant de dégringoler... Nous, on traverse religieusement les gravas, certains que la correspondance n'attend plus que nos miches...
Non, non, non, il faut attendre que le pick-up soit plein à craquer pour partir. Bien, patientons... Les gens devraient arriver vite! Non et non, il a fallu pas moins de deux heures! avant que la voiture ne soit pleine. Et deux heures nous attendent jusqu'à la San Andrès de Pisimbala...
Malgré tout, le moral des troupes reste bon. Pas d'insultes, pas de prises de bec, tous les cheveux restent sur la tête, Zen. Une journée pour normalement faire trois heures et demi de route... Normal. Routine.
SAN ANDRES DE PISIMBALA.
Nous voivi, enfin, à San Andrès de Pisimbala, au coeur de Tierradentro.
Ho ben dis donc... C'est plein de militaires ici! Qu'est ce qu'il se passe t-il donc? Y'a du FARC dans l'air ou quoi? Non non, contrôle du périmètre et sécurisation, pas de danger à l'horizon, R.A.S.
Ho ben dis donc... Les pré-pubères surarmés campent exactement juste devant la fenêtre de la cage à lapin que l'on vient de trouver. Oh, ils me parlent en plus, ils inspectent notre pièce par la fenêtre (simple mesure de curiosité), TU VEUX QUOI? Que je te prête MA guitare!?!?!? Mais heu, oui, bien sûr... Comment refuser à une si grande arme...heu si grande et... belle... âme... Tiens, vas-y, fout tes doigts sanguinaires sur le manche de ma gratte, il n'y a aucun problème. On peut faire un échange d'instrument de musique tant qu'on y est. Tu me prêtes la tienne et... Non? Non, d'accord. Tu n'as pas trop le sens de l'humour toi. Plus trop le sens de quoi que ce soit d'ailleurs.
(il faut savoir que l'ejercito colombien quadrille le périmètre comme je l'ai mentionné plus haut pour combattre d'éventuels FARCS. Mais ce n'est pas pour vérifier si l'épicier fait parti des Forces Armées Révolutionnaires Colombiennes (qui n'ont au demeurant plus rien de révolutionnaires, s'étant retranchées sur le Sarko heu... narcotrafique...), s'il s'en cache un sous les jupes ou dans les greniers des vieilles mamies, et encore moins pour protéger le peuple. Uribe à dû prendre cette mesure afin que les sites pétroliers et les mines d'or, aux mains des États-Unis d'Amérique au négroïde président (celui là, Sarko ne peut pas le renvoyer dans son pays!), pour fournir leur matières précieuses aux entreprises colonisatrices. Mais officiellement, ils combattent pour les colombiens... Alors chut, ne le répettez pas, cela pourrait se savoir...)
De toute manière, nous avons d'autres chats à fouetter. Tierradentro et ses énigmes nous attendent.
Durant toutes la journée nous avons foulé du pied les territoires Paeces (c'est le petit groupe ethnique qui possède les terres), vous constaterez leur toute "bôôté" sur les images. Nous avons marché, marché, marché, en haut, en bas, puis re en haut, toute la sainte journée. Les montées et descentes sont foutument raides non d'un crotin de bique.
Si nous avons ainsi galopé et gambaaaadé c'est pour pouvoir aprécier les Hypogées pré-incas, uniques au monde (tombes funéraires où étaient déposées les urnes des morts. Ces sortes de caveaux, subtériens, étaient creusés à la main, à même la roche volcanique. Certaines conservent encore leurs peintures rouges et noires dont les motifs ornent les cavités).
Alto de Ségovia (30 hypogées), el Duende (je sais plus), el Aguacate (6 hypogées), el Alto de San Andrès (8 hypogées), el Tablón (ah, pas une seule cette fois, mais 8 statues du type de celles de San Agustin) etc. Un fascinant gruyère. Civilisation énigmatique. Des taupes funestes.
Bref, brif, brouf. Hop, on est fracassés de la journée et demain, un bus doit nous attendre à six heures du mat sur la petite place principale.
Six heures du mat, le lendemain...
"-Olà. Il fout quoi le bus pour Cali?
- Y'aura pas de bus aujourd'hui.
-Ah, c'est embêtant cela. Et pourquoi?
- Parcequ'un volcan vient d'entrer en érection heu oups (encore pardon...) éruption, le pont qui traverse le fleuve à été emporté et dix autres risquent le même sort.
-C'est une bonne excuse, ma foi."
Et rebelote. Pour sortir, c'est comme pour entrer. On te parachute à un endroit (où une antenne télévisée est venue couvrir l'heureux évènement médiatique), tu poirautes deux heures pour reprendre la même voiture, et ensuite tu fais du 25 km/h pendant deux autres heures pour qu'on te largue au bord de la panaméricaine, où, très certainement mais tu commences à devenir dubitatif, un autre bus t'achemineras (à fond la caisse cette fois-ci) au bout de deux heures et demi à Cali. Troisième ville afro d'Amérique du sud, capitale de la salsa et de la fête, et des plus jolies femmes.
Malgré tout, le moral des troupes reste bon. Pas d'insultes, pas de prises de bec, tous les cheveux restent sur la tête, Zeeeeen.
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