mercredi 28 mai 2008

Pour la cohérence temporelle de la lecture...

Avant de lire "Trinidad", il y a "santa Cruz", un coup de molette plus bas...
Le service vous remercie pour votre compréhension.

Trinidad.

Je ne sais pas pourquoi, mais les compagnies de bus s'arrangent toujours pour te faire débarquer au beau milieux de la nuit. Dans cette absence de lumière, le terminal de terre battue procure toujours un petit frisson, auquel s'ajoute celui de la fraîcheur du matin.
Parachutés au milieu d'une place morte, les genoux ployant sous le poid des sacs, nous zigzaguons entre les paumés du petits matins titubants à la recherche d'un refuge bon marché.

Nos doigts gelés se brisent contre les portes muettes. C'est une heure pour dormir. Les plus vaillants, sensibles aux vibrations de nos appels claquants s'arrachent volontier à leur sommeil mais n'ont que pissotières à nous offrir. L'odeur de l'urine trouble le sommeil. Les cafards aussi. Les autres, n'ont qu'hotels de luxes tapissés de palmiers, et cette fois, c'est le prix qui rend insomniaque. Nous ricochons donc, de porches en porches, tenus par le froid brûlant, engourdis par une nuit de route. Le jour pointe, les travailleurs commencent également à pointer leur nez humides, trainant la grolle pour retarder le labeur, prêts à se laisser hâper par un café écumant d'odeurs chaleureuses. Et nous nous excentrons toujours davantage, bredouilles et éreintés.

Une fois satisfaits, délestés et rincés par une bonne douche froide et peu généreuse en eau regénératrice, notre curiosité peut aller prendre l'air.

Bon... Trinidad diffère guère de beaucoup de villes paumées. Mêmes rues, mêmes carrefours, mêmes cafés, mêmes vendeurs de jus de fruits frais... C'est étonnant combien parfois , même en bougeant, tu peux retrouver des lieux proches ou identiques.

Une chose pourtant diffère : une sorte d'électricité dans l'atmosphère, une effervescence sur la place publique.

"- Pardonnez-moi monsieur? Serait-ce un jour spécial?
- Et comment! C'est le jour de la sainte Trinité, vous ne le saviez pas?
- Ben non, on débarque... Et qu'est-ce qui se zone pour la sainte Trinité?
- Ça fait quatre jours que ça dure, amigo, et ça va durer encore deux ou trois jours!
- C'est pour ça qu'il y a des gens ronds comme des culs de pelles le matin?
- Et oui. C'est une grande orgie. Aujourd'hui, c'est le grand défilé, vous n'aurez qu'à suivre le cortège, il vous emmenera jusqu'à la place de la tradition. C'est là-bas que toute la fête se déroule."

Effectivement, le bougre ne mentait point. La place est devenue noire de monde. Les habits traditionnels ont commencé à hanter les rues (en cliquant sur les images qui défilent en haut à gauche vous aurez un échantillon d'aperçu).

(Oh purée! je perds le fil, un gringo va se faire éventrer dans mon dos par un bolivien ex-taulard furibond! Je suis aux premières loges! Je ne vais pas manquer ça! Je vais surtout essayer d'eviter un coup de lame maladroit...)

...(insultes)

...(échaufourrés)

... (l'amerloc se chie dessus et parle en ameringouin tramblotant)

... (la mayonnaise est retombée... je peux reprendre).

Donc, les habits traditionnels... défilé... foule... Ah oui!

Bon, nous avions autant d'energie qu'un paresseux dans l'ascension d'un cocotier, mais nous marchions au rythme solennel du cortège, pas après pas...

Il vont le faire combien de fois le tour de cette place?!
On va attendre, ils nous procurent le tournis... Laissons les prendre de l'avance, nous les rattraperons sans peine...

Le soir tombe, on enfourche une moto-taxi pour deux bolivianos cinquante (si tu veux le compte en euros heu... Ben...heu... divise par dix!). Décoiffés ont se fait larguer au centre nevralgique où sévissent bacchus et Dionysos. On se refait décoiffer par les watts des enceintes musicales et les fumées de fritures. Une immense féria, dans les champs. Des tentes montent sur d'autres tentes. Les stands sont aussi fournis que la jungle tropicale et jouent des coudes. La musique (chaque lieu possède la sienne) est dix fois trop forte et te perce les timpans. Les paris vont bon train. Un pauvre tauraux qui à toute l'apparence d'une vache, se fait traumatiser par une cinquantaine d'enragés-imbibés qui se battent en même temps qu'ils essaient d'exiter la bête. Les arènes débordent. La féria est immense et très éloignée de la sainte trinité.

Les nouveaux nés cahotant sous l'aisselle de leur môman, inhalent la musique, boivent les bouffées de tabac et écoutent les effluves d'alcool. C'est la fête. Les filles sont belles, les hommes au regard noyé sortent leur plus belle musculature ; pectoraux, biceps et épaules roulent, bousculant tout sur leur passage. C'est la fête. On s'amuse. Et nous ça nous défoule, la foule.

Les gens nous remarque facilement, puisque malgré la multitude, nous sommes les seuls visages pâles. Bon nombre trouvent cela génial et brandissent leur pouce en signe d'approbation, trinquent à notre bière, saluant le courage de venir dans la gueule du lion, (les touristes aiment peu se perdre dans les villes comme trinidad, alors dans ses férias! Faut être inconscient ou...perdu, alors ça étonne, d'autant plus que nous sommes venus de notre propre chef, et non par mésaventure ou nécessité). Mais bon nombre également désaprouvrent, déploient leur arrogance comme pour te signifier subtilement "t'es mort!", sortent leur doigt le plus civilisé, jouent du menton ou te bousculent. Mais faut pas s'arrêter à ces codes raffinés, le rire et l'indifférence désamorcent les teigneux dépeignés (on est mal placé pour parler en ce moment niveau teigne et coiffure...).

Bref, une bonne soirée. Vivante. Balayée par le retour en moto-taxi-slalom.
On ne va pas non plus s'éterniser, car une fois la fête consumée, Trinidad redeviendra Trinidad.
Petite bourgade tranquille, sage, travailleuse et isolée.

Demain matin, pour arriver de nuit, nous prendrons de nouveau notre bateau roulant et vibrant sur la terre défoncée.

La route sera merveilleuse vous verrez. Elle débouchera sur un autre endroit non moins sublime : Rurrenabaque! Reliefs, fleuves et rivières, jungles et pampas tropicales, habitants incroyables!
Je peux vous dire tout ça, car là encore c'est derriere nous. Nous sommes à la Paz. Chaque fois qu'on vous fait débarquer quelque part, nous en sommes sortis depuis belle lurette. Milles excuses.

Ce sera pour une autre fois. Car le soroche, mal des montagnes surpuissant, commence déjà à me scier l'organe cérébral (cf. Potosì). La Paz culmine à 4 000 mètres. Peut être sentez vous à l'incohérence du discours, la rareté de l'oxygène, la pesanteur qui règne ici... Je vais aller à la pharmacie comme on devance une bonne collique, en courant vite! (la beauté de cette image, c'est le soroche!)

Grosses bises à tous. Que la vie vous soit douce.

Santa cruz... etc.

Salut à vous, lecteurs-bloggers!

Une nouvelle page toute fraîche de nouvelles déjà bien derrières nous. Comme toujours. Mais pour ne pas priver les gourmands d'un épisode, je veux volontier m'appliquer à cet exercice de mémoire.

Villa Tunari, nous l'avons compris sur la route, hormis être le repaire invétéré de toutes les bêtes rampantes, volantes et courantes, est aussi le refuge top secret des narco-traficants de cocaïne. Même la petite mémé courante avec son awaïo peut en être... L'habit ne fait pas le dealer. Evidemment, nous avions repéré les champs de coca infinis et humé les feuilles en train de sécher, mais la plupart de la production est normalement destinée à être machouillée, non sniffée. Ce qui nous a surtout mis la puce à l'oreille, c'était l'intervention militaire (donc musclée) au poste de frontière du département de Santa Cruz : le bus est stoppé, puis vidé pour mieux en inspecter le contenu et enfin les soutes scrupuleusement mises à jour pour en dévoiler les entrailles. La technique est simple : l'homme décérebré que l'on nomme communément un soldat est munit d'une fine tige en fer qu'il introduit soigneusement, à la manière dont on relève le niveau d'huile d'une voiture, au travers des paquets suspicieux. Si le monsieur en treilli a un doute, il dépiaute sauvagement le colis, te laissant repartir avec des lambeaux, et si la tige en fer signale des traces de poudre blanche et ben... c'est pas ta journée mon gars! Tu vas croupir au trou. Pour l'éternité. Si t'es innocent, ton paquetage ressemble quand même à du gruyère...

Il faut dire que les U.S.A (toujours eux qui donnent le bon exemple...) ont fait pression et surtout un chantage à la Bolivie : on vous finance si vous arrêtez la production de coca, ainsi nos rues seront nettoyées de toute malhonnêteté. Encore un moyen d'accuser les autres et une belle preuve de l'ignorance crasse des américains. Primo, arrêter la production de coca serait une catastrophe économique et culturelle pour les Boliviens (c'est un peu comme si tu demandais aux polacs d'arrêter la vodka) ; secondo, 95 % de la production est destinée à un usage qui n'a rien de narcotique ; et terzio, ce n'est pas la coca qui fait la cocaïne, mais les chimistes veinaux.
Pour toute ces raisons, les autorités boliviennes interviennent de manière musculairement spectaculaire afin d'enrayer ce qui lui donne une mauvaise réputation, et de conserver ses cultures de coca (à mastiquer ou infuser).

Mais revenons en à nos moutons.

Santa Cruspz.

Ben là... tu vois la différence de niveau de vie entre les départements Boliviens. Ça fait un choque de voir l'hestétique de la mondialisation pénetrer ce pays. Une ville haute, propre, placardée d'affiches publicitaires, avec des parcs et jardins fleuris et bien dessinés. Des cafés wi-fi fifi à la parisiennes, à l'américaine, à l'Australienne etc.
Cette ville à la réputation d'avoir les plus belles filles du pays (et les boliviennes, croyez moi, en toute objectivité, sont belles commes des coeurs...), et nous trouvions cela étonnant que parmis les descriptions d'une ville figure : "les plus belles filles du pays"! Non? Moi ça m'intrigue... Y'a rien d'autre à voir là bas? Oh ben merde alors...
En fait, selon moi ce ne sont pas les plus belles filles du pays, mais les plus superficielles, fardées, mini-jupées et décoletées du pays! C'est la ville de la mode, ah... d'accord! Cela explique pourquoi les plus agées ressemblent au roi de la pop et que les plus jeunes ont toutes l'air clonées.... D'accord. J'avais oublié que les critères de la mode étaient avant tout ceux du conformisme de masse, de la consommation et de l'absence d'identité, de singularité... Je suis bête des fois...

La légèreté donc, ainsi que la lubricité hantent les rues de Santa Cruz. Et il y a aussi des artistes bien sûr! Beaucoup! De l'art, en revanche, nous n'en avons vu que très peu... C'est peut être pour toutes les raisons énumérées que la vie, dans cette ville très différente de celles que nous avions alors visitées, coûte le double qu'ailleurs. (le département de Santa Cruz (dont Santa Cruz est la capitale) concentre la grande majorité de l'industrie et du potentiel economique bolivien).

C'est de cette contrée, une des plus riche de Bolivie donc, que partent toutes les revendications d'autonomisation et tout le trouble interne contre Evo Morales (sur un siège éjectable). C'est le premier département à s'être affranchi de la tutelle avec la Paz (par référundum). Leur shémas est simple en vérité : la paz pompe notre fric, la campagne (pauvre, très pauvre....) pompe notre fric, y'a pas de raison qu'on paie pour les crèves la dalle! Et puis quoi encore! L'autre cul terreux du campo, non seulement il flirt avec Chavez et en plus il veut instaurer le commusisme! Guerre civile!!!! ou affranchissement de la Paz!

Bon, ça ne veut pas dire qu' Evo Morales est un saint! loin de là! On en apprend des vertes et des pas mûres sur son cas. Il est corrompu jusqu'aux sourcils celui-ci, et au-delà (de toute façon un autre réferendum va le destituer de son poste d'ici la fin de l'année. Ils n'ont personne pour le remplacer mais bon... Pourtant je leur ai dit que pour éradiquer la corruption, le vol et l'exploitation il fallait supprimer la transcendance Etatique, patronale et j'en passe... Je parle mal espagnole, mais quand même!) Non, je blague à moitié, mais les revendications de Santa Cruz sont vraiment individualistes et stupides. La fièvre de l'indépendance va jusqu'à habiller les niños de ses couleurs et les poster au bord des routes pour agiter de petits drapeaux propagandistes. Ils ne peuvent pas comprendre (à cinq ans tu parles!) et clament ces propos avec la même ferveur que les parents (qui ne bitent pas beaucoup plus il faut dire...).

L'indépendance ou l'autonomie, comme vous voulez, est le grand thème politique de la Bolivie. Avec la mise à mort de Morales. Les murs peuvent vous en dire long. Et baucoup de départements attendent leur tour, d'autres le craignent. Les avis sont tellement divisés ici que chaque fois que l'on en parle, une version différente nous tombe dessus. Alors pour bien comprendre... C'est loin d'être simple. Le mieux sans doute, est d'éviter l'opinion. Comme toujours..

Sinon, pour revenir à notre virée à Santa Cruz... Et ben... Ce fût court... Et déjà trop long. Son marché (plusieurs blocs! Des rues frayées entre les produits empilés, un dédale d'odeurs et de sons, de gens pour le coup très sympathiques) nous a bien sûr laissé sur le postérieur, comme à chaque fois. Ce dernier fût de loin le plus impressionnant. Mais nous avions un peu le voyage dans les chaussettes et souhaitions repartir vers plus d'aventure, de vie etc. etc. Et oui, tout voyage comporte ses creux. Dans ces moments là, difficile d'envisager des jours meilleurs, les deprimés connaissent ce sentiment. Le pied lourd et l'âme engourdie nous decidons de continuer de force à orienter notre cap vers la destination suivante au nominatif non moins imprégné de religiosité : Trinidad!

PS : On vous avait précédemment parlé de gens étranges, habillés comme dans la Rurh antique, au regard psychopate. Vous vous souvenez? Et bien nous avons décelé leur identité : ce sont des ménonites frappés de la citrouille! Et dans Santa Cruz, tu peux pas les manquer, ils hantent les marchés (j'en fais des cauchemars des ces fous blaffards!). Leur camp protecteur et conservatiste n'est pas très loin de là. Et pour les cruzeños leur présence est tout à fait banale... Il y aura peut être une photo pour vous montrer l'étrangeté de ces êtres, mais seulement de dos, j'ai trop peur de voir leur yeux.

PS dans le PS : Les ménonites, refusent absolument toute évolution et mélange sanguin (d'oû leur pâleur et apparence consanguine) mais il n'est pas rare d'en apercevoir un bloqué devant la télé qui tourne toute seule dans la rue, ou un autre en communication avec un cellulaire, ou encore un autre salivant devant une machine à laver dernier cri... Je me marre lesménonites, je me marre...

Salut les gens!
Je publie le message et je passe à l'étape suivante.

Bien à vous,
Galisps et jisps.