Le temps que la compagnie prenne le retard règlementaire, que l'auxiliaire du chaffeur arrime toutes les bagages sur le toît, transpirant sous la chaleur de plomb, le bus klaxonne ses amis et sa famille, incertain de les retrouver un jour, pouet, pouet, pouet, c'est parti.
Pura tierra! Comme ils disent. Cela signifie simplement que durant quatorze heures, tu cahotes, tu dégustes la poussière, droit devant (autant que possible...) dans l'auto-cuiseur. Les pneumatiques du camion ont des dents de requin ou de tracteur. Et quand il roule, tu comprends pourquoi. La route de pura tierra, est comme souvent, une piste interminable. Le chauffeur ne transpire pas uniquement de la chaleur, mais surtout de ce que son métier relève de l'art du pilotage à moitié incontrôlable. Pour nous il faut compter 14 longues heures de tassage vertébral continu, mais pour lui c'est 24 heures! Sans changer, sans dormir. Et ça n'a rien d'une autoroute fluide et tranquille. Comment fait-il me direz-vous? Je n'en sais rien. Pourtant j'ai eu l'occasion de l'observer le bougre. Les seuls signes qui ont trahit son endurance surhumaine sont :
- Le masticage de feuilles de coca (comme pour les mineurs) jusqu'à ce que sa joue ressemble à un symptôme post-opératoire des dents de sagesse.
- À la tombée de la nuit, un paquet de cigarettes minutieusement allumées par l'auxiliaire.
- Être peu, très peu bavard, voire désagréable.
Quand à nous, nous avons acquis une faculté d'acceptation et d'endurance presque masochiste face aux multiples douleurs . Il faut dire que les pueblos et paisajes traversés compensent au-delà de toute mesure les affres de la transumance.
Vous pourrez entre autre observer, sur les quelques echantillons d'images que nous vous proposons, la végétation tropicale, les trois rios que nous avons traversés*, l'état de la piste dans ses meilleures conditions y todo eso.
(*Les rivières que vous pourrez reluquer à travers la lucarne pixelisée (sauf peut-être Jean Bard qui doit encore pédaler pour alimenter son ordinateur...) ont été pour nous très surprenantes à traverser :
Le bus s'arrête. Tout le monde descend. Et là, oh surprise, la route s'arrête. Deux possibilités s'offrent à ton imagination : "<>". La deuxième idée est la plus proche de la réalité. À la différence que ce n'est pas un ferry qui vient t'embarquer, c'est l'espèce de chose que tu prenais pour une ébauche de pont, qui va se détacher de la terre pour rejoindre l'autre rive. Et quand tu vois l'état de cette structure en vieilles planches de guinguois tu doutes franchement que la chose puisse supporter le bus (lui même en surpoid, évidemment...). Et puis bon... Tout tient et rien ne coule. Et quand tu aperçois ensuite la petite pirogue, avec un moteur pour petite pirogue qui vient se greffer au pont flottant, une seconde vague de doute te tombe dessus. Il croit vraiment qu'il va faire avancer le bus, l'equipage, et le morceaux de pont tordu celui là?! À l'aveuglette en plus!? Et ben... Oui! Ça avance. Ça se manie avec aisance! Après cela, une troisième vague de doute t'immerge, celle de croire en l'impossible. Comme le disaient si bien les surréalistes puis Mr bricolage :"soyons réalistes, croyons en l'impossible!")
Bref la parenthèse fut un peu longue. Vous vous dîtes "ils nous arnaquent là! Ils tournent autour du pot! Cachent un secret monstrueux etc." Ben non, on raconte, c'est un peu bavard ok, mais bon... On fait ce qu'on peut...C'est peu pouvoir direz vous... Fuck.
Vous vous en doutez, nous avons débarqué sur des pattes de colombe au beau milieu de la nuit, comme d'habituuudeee, avec les mêmes galères et quelques centimètres en moins...
Et nous nous sommes réveillés dans un village excessivement charmant. Tellement qu'on a failli poser nos valises. Si, si. de toute façon, la Bolivie c'est notre coup de coeur pour le moment, on s'y sent comme chez mémé. Je vais pas m'éterniser sur Rurrenabaque, ce serait dénaturer ce petit coin de paradis. Tout ce que j'énumérerai, c'est la splendeur de ses montagnes, recouvertes de forêts amazonnienes qui baignent dans le Beni, le calme de ses rues, la chaleur (sans exception) de ses habitants, les poissons aux goûts délectables, le climat, la puta madre de buena onda qui y règne, tout.
Rurrenabaque est aussi la porte ouverte à la Pampa (dont je vais vous parler plus bas) et d e la selva du Parc Madidi (soit 1 900 000 hectares de jungle vierge), un endroit qui attend sont tour pour figurer parmi les merveilles du monde, mais qui est surtout hautement protégé pour l'importance capitale qu'il représente pour l'avenir de la planète. (Il faut signaler que la Bolivie détient 3% de la forêt mondiale, le Brésil, on n'en parle même pas!)
Pour le moment parlons de la Pampa. Trois jours au total, avec une petite équipée et un guide, (sinon... ben... t'es mort!) Tout commence par une virée de trois heures vers le point de repaire, sur une piste horrible dans un 4*4 qui date de la libération de l'Amérique du sud de la main des espagnols. Eprouvant...
Durant les trois jours, tu navigues et navigues et navigues sur une petite barque à moteur, remontant l'eau marron-opaque et stagnante de la Pampa. Les quelques membres de notre équipage étaient en réalité des spécialistes invétérés des oiseaux. Ils ne sont venus que pour ça (et continuaient d'étudier le soir...). Il faut reconnaître qu'ils étaient rarissimes et spectaculaires les oiseaux, c'était un feu d'artifice d'espèces très différentes et très extravagantes. Un régal pour la curiosité, mais bon c'étaient un peu des fanatiques les zozos! Ils en savaient long sur les piafs, c'est sûr, mais j'ai connu plus passionnant comme passion. Chacun son truc. Ils avaient un sens de l'observation qui rendrait jaloux un aigle. Et pouvaient dire d'une tache noire au loin : " c'est le woody-woodpecker brun machin chose !". Il peuvent frimer, mais avec des jumelles c'est facile! Le plus drôle, c'est qu'ils se sont tapés je ne sais combien de kilomètres pour admirer ces porteurs de plumes colorées, et une fois repéré une espèce, les voilà complètement blasés, presque déçus de revoir le même poulet exotique, espérant découvrir d'autres volatils. Étrange Solange.
Et d'accord, tu viens admirer les piafs que t'as lu dans les bouquins de biologie, mais s'il-te-plaît! Ne reste pas indifférent aux milliers de Caïmans qui sont à un mètre de toi! Aux dauphins roses et gris d'eau douce qui cherchent des caresses. Putain! D'écolle l'oeil de ta lentille et admire les reptiles! Rien à voire avec les lézards de chez toi! Et c'est bien plus drôle et impressionnant que le punk-volant à 200 mètres! Encore une fois chacun son truc.
Lorsque je disais plus haut que l'eau est opaque c'est vraiment pas des blagues! Stagnante et impossible à traverser du regard. Tu ne sais qu'une chose : existe un monde là-dessous. Ça grouille! À ton approche, les caïmans sortent de leur oisiveté-camouflage et se mettent en fonction sous-marin en disparaissant dans le marron du rio ; histoire de voire s'ils peuvent se mettre un humain sous la dent. C'était ça tous les ciq mètres. Le caïman c'est du chienlit là-bas!
Le guide, dès que le rio s'évasait un peu, s'amusait à faire des tours de barque sur elle même pour faire aparaître les dauphins joueurs. Quand il n'y en avait pas assez, nous repartions. Une fois qu'ils étaient en nombre suffisant, nous nous jetions dans ce qui ressemble à de la boue liquide. Les dauphins t'encerclent, viennent te taquiner si t'es chanceux, mais sont surtout occupés à virer les caïmans qui viennent te croquer les jambes. C'est pas des conneries! On s'est retrouvé à nager au milieu des crocos, protégés par des poissons roses! Enormissime! En même temps qu'on barbotait, on voyait les gros carnivores excités se mettre en immersion à dix mètres de nous!
Ce n'est pas tout. Parmis nos occupations, la pêche était inévitable. Le plus simple apareil : un fil, un ameçon, un petit bout de viande rouge. Mais pourquoi un petit bout de viande rouge?Pourquoi pas un lombric? Un bout de pain? De croissant? Ben met le dans l'eau blanc-bec et tu vas saisir l'astuce...
Tu comptes jusqu'à un, et l'eau se met en ébulition directement. Quand tu tires, qu'est ce qui sort? Un pirhaña! Putain, vous êtes cinglés ou quoi! On s'est baigné dans une eau surpeuplée de poissons carnivores qui se bouffent entre eux! En moins d'une heure j'en ai pêché onze! Et le double est retombé à l'eau, juste accroché avec ses dents là, au petit morceau de viande. Je peux te dire un truc, tu fais pas le mâlin quand tu dois enlever l'ameçon de la gueule d'un de ces fauves. Les rouges sont même très dangereux! Bref.
Vos yeux se fatiguent et je ne peux pas tout raconter. Seulement quelques lignes sur la pêche à la ligne etc. La pampa est immense
Bonne nuit, ou bonjour. Difficile de savoir. Ça dépend d'où vous vous trouvez.
Salut les amis.
PS : Dès demain, vous aurez toutes les images depuis Cochabamba! Ça date! Mais bon. Peut être sont elles déjà en ligne, à l'exception de la jungle qu'on vous racontera entre deux moments libres également demain.
jeudi 29 mai 2008
Coup de chaud...
Vous l'aurez compris bien que nous approchons de l'hiver, en Bolivie la saison importe peu...
D'un sommet à la forêt vierge en passant par la vallée, les températures varient de très très froid... à très très chaud !
Ces changements climatiques ne sont pas toujours facile à suppporter pour nos carcasses..
Et Jérémi s'est tout confondu !
Nous sommes bien arrivés au petit matin à Trinidad, mais il faisait loin de faire froid, je dirais même plus, c'est probablement la ville où nous avons subi la plus grosse chaleur...
...
D'un sommet à la forêt vierge en passant par la vallée, les températures varient de très très froid... à très très chaud !
Ces changements climatiques ne sont pas toujours facile à suppporter pour nos carcasses..
Et Jérémi s'est tout confondu !
Nous sommes bien arrivés au petit matin à Trinidad, mais il faisait loin de faire froid, je dirais même plus, c'est probablement la ville où nous avons subi la plus grosse chaleur...
...
Inscription à :
Articles (Atom)