dimanche 15 juin 2008

Cusco (lado peruviano)

Cuzco ou Cusco, du Quechua « Qusqu », qui signifie nombril, est une ville du Sud-Est du Pérou au milieu des Andes. C'est la capitale du Département de Cusco.
Ville d'altitude (~ 3 400 m) d'une taille modérée, avec environ 300 000 habitants. Cuzco fut la capitale des Incas, ce qui n'est pas rien. On peut encore admirer quelques murs originels dans certaines rues de la ville. D'énormes blocs de pierre uniquement soutenues entre elles par leur poid et la précision ingénieuse de leurs tailleurs (l'une d'entre elle est célèbre pour posséder pas moins de douze faces!).

Au XVI ème siècle, les espagnols ont sauvagement ravagé la cité Inca et érigé églises et cathédrales en recyclant ses pierres. La ville a alors perdu beaucoup de son prestige. Mais la découverte du Machu Picchu en 1911 relança son essor au profit du tourisme. On peut en effet y trouver bon nombre de guides et d'excursions vers ce dernier et la vallée sacrée.

La visite passionante de ses lieux de cultes vaut le détour! Les ouvrage sont uniques, les architectures iconoclastes et l'art Cusqueño non moins surprenant. On peut notament contempler le célèbre tableau de la "cène", peint par un péruvien sous la pression catholico-espagnole, discrètement parcourue d'éléments Incas donc "blasphématoires" comme un cochon-dinde (specialité Cusqueña) remplaçant le pain occidental, des fruits introuvables sur nos terres, et en premier plan, la face traîtresse de Pizarro, ignoble (et peut être noble également, ce n'est pas incompatible...) espagnol qui, ne tenant pas parole après avoir accepté tout l'or proposé par l'Inca captif Atahualpa en échange de sa liberté, lui trancha la jugulaire et piétina la ville de Cusco. Tous les tableaux sont parcourus de résistances discrètes et subtiles que l'oeil peu artistique des colons n'a su relever. Et ce n'est qu'un exemple.

Histoire triste d'une cité d'or ravagée, désossée de manière barbare, inculte, sauvage et intéressée et transformée en ville coloniale. C'est ainsi que Cusco est cicatrisée de toute part entre les ruines incas et le style colonial. Ses rues n'en sont pas moins charmantes, pleines de surprises. Mais c'est un mauvais exemple pour avoir un premier aperçu du Pérou. Le tourisme bat tellement sont plein que Cusco ressemble à une ville européenne. Chacun de ses habitants vit d'une manière ou d'une autre du tourisme.

Nous logions quand à nous dans une auberge défiant toute concurrence (d'un point de vue financier bien sûr, car la ville coûte, et nous n'avions pas les moyens d'avoir ne serait-ce que de l'eau chaude... À cette altitude, c'est de la torture!), chez la famille affreux-sales-et-méchants. Mais je ne vais pas m'étaler sur leur cas. Ce serait trop d'honneur.

Nous avons donc traversé les rues et les âges, tout en cherchant une solution moindre-mal pour gagner le célèbre Machu Picchu (intact car jamais découvert par les espagnols). Nous nous sommes bien sûr largement fait enfler en payant le prix faible, car nous avons appris à notre retour qu'il y avait une autre voie (tenue secrète) pour s'y rendre, largement plus économique. Pour ceux que ça peut interresser...

Le Machu Picchu donc... Lieu tellement incroyable qu'on ne peut que le souiller en le racontant. Il se regarde, se traverse, se ressent, se vit. Site archéologique le plus célèbre et le plus visité du continent, cette cîté fût oubliée jusqu'au début du XXème siècle, redécouverte par l'explorateur américain Hiram Binghan, tout à fait par hasard (elle ne risque pas d'être oubliée aujourd'hui, puisque'il peut y avoir quelque chose comme 2 500 visiteurs par jour en période d'afflux violemment touristique!). Le site était alors couvert de végétation. Difficile aujourd'hui d'avoir une connaissance exhaustive du Machu Picchu et de son utilité. Elle était apparemment peuplée de gens de la "haute", de scientifiques, astonomes etc.

Nous avons entamé l'ascencion vers le site à 4h30 du matin sous la pluie et les vociférations de quelques visiteurs attardés (ceux qu'on comprenait, les compatriotes, Sarkosites à coup sûr), pour une grosse heure de marche nocturne et verticale, le bus étant trop coûteux. Tout cela pour attendre les six heures, ouverture du site.

Lorsque nous arrivons, les traits de l'ancienne ville inca sont effacés par le brouillard. Nous nous perdons un temps dans ce dédale somptueux pour entamer le plus tôt possible l'ascension (limitée) du Huaina Picchu (ou waina Picchu...). Pic vertical, au point que monter te paraît impossible vu d'en bas, mais les incas avaient plus d'un tour dans leur sac et ont frayé un chemin presque droit dans la roche. Un supplice pour les quelques mollets aventureux qui chancellaient et qu'il fallait tant bien que mal dépasser. Un chemin périlleux, exigü, glissant, mais vite oublié lorsque tu atteints sa cîme. De là-haut, patience, le brouillard va s'évaporer, lever son rideau diaphane sur une vallée gigantesque et te donner un recul de deux milles mètres de dénivellé sur le Machu Picchu! Les impatients taisent leur gueule car le site ôte les mots. Seuls quelques israëliens écervelés (comment peut il en être autrement?), le MP3 sur les oreilles, n'ont rien vu du spectacle, regardant du mauvais côté... Sans commentaire.

Par chance, le Machu Picchu connu ce jour là un faible pourcentage de visiteurs, pour notre plus grande joie et qualité de visite. Il n'y a plus qu'a se perdre, attraper à la volée quelques bribes d'infos louées à quelques guides par d'autre visiteurs, s'émouvoir etc. Comme d'habitude, les fotographies vous donneront quelques détails plus précis que les vues d'ensemble que nous connaissons tous dans notre inconscient collectif.

Anecdote : nous avons rencontré un specimen tout à fait unique composé de trois hommes illuminés, type occidental, perchés sur les sommets de ruines, et s'appliquant à méditer en frottant et tapottant de manière cérémoniale de petits cailloux. Avec le plus grand sérieux du monde. Ces visiteurs inspirés venaient s'imbiber des énergies toutes spéciales, cosmiques (et comiques) du Machu Picchu. Peut être invoquaient-ils les incas, le solstice, les extras terrestres, mais ils étaient trop en transe pour pouvoir nous en informer...

Après pas moins de dix heures de marche, de rêve, d'allucinations, de découvertes etc. il fallait accepter tristement la clôture du site et repartir comme nous sommes venus... A pied. Pour prendre le train, qui constituait la plus grosse et coûteuse arnaque, vers Cusco ; afin de mourir de fatigue dans l'antre bon marché de la famille affreux-sales-moches-et-méchants.

Copacabana.

Salut lecteurs avides de voyage virtuel.
Voici pour vous la suite différée de notre promenade.
Je suis sûr et certain que vous connaissez de nom Copacabana.
Oui, oui, oui, ne faîtes pas les innocents!
Mais quel Copacabana?
En Colombie dans le département d'Antiocha?
En Argentine, dans le département Tinogasta de la province de Catamarca?
Toujours en Argentine dans le département Ischilín de la province de Córdoba?
Au Brésil, Rio de Janeiro avec sa celèbre plage?
Non, aucun de ceux là! Faut suivre les jeunes! Il n'y a pas si longtemps nous étions à la Paz! Il y a donc de fortes chances que ce soit la Copacabana bolivienne, de la région Manco Kapac, bordant le paisible et imposant Lac Titicaca!

Cette petite flaque d'eau au nom tellement exotique qu'on voudrait croquer dedans est réputée pour être le lac navigable le plus haut du monde. Pas moins de 8 500 km2! Y'a de quoi barboter les amis. Les boliviens et péruviens se partagent ce miroir céleste. Pas de manière très équitable, il faut le reconnaître, la Bolivie en a toujours un peu moins. Déjà que les Chiliens et Péruviens lui bloquent l'accès à l'océan... Ce n'est pas de chance! Mais bon, on ne va pas reclamer davantage, il leur faudrait moins de temps pour supprimer la Bolivie que pour traverser Titicaca!

Copacabana est encore un havre de paix. On peut y crapahuter d'un côté et barboter de l'autre. Les touristes, vite remarquables, n'ont eu d'influence que sur une seule rue, bien que centrale, ornée de commerces à touristes, et de "babos" vendeurs d'artisanat (ce sont des vrais ceux là, rien à voir avec les fils à papa déguisés qui gerbent dans les rues d'Aurillac..) Mais heureusement et mystérieusement, ce n'est pas une destination privilégiée par les gringos, et la petite ville garde ses caractéristiques boliviennes.

Tout est calme à Copacabana. On ne se presse pas à Copacabana. La vie est à l'image du lac, elle fait shuuu, puis shuuu et reshuuu (difficile de traduire en onomatopée les léchouilles des vagues sur le rivage...). On déguste avec les yeux, le coeur... certes... mais aussi avec la bouche! Des truites, bien fraîches que Titicaca recrache le matin dans ton assiette du midi. Leur chair est un délice, presque peux tu sentir en elle les mystères du lac. D'ailleurs sa plage n'a rien de sable fin, de bikinis, de monsieurs muscles exhibants leur thorax, de Mme de machin chose faisant reluire sa dernière épilation ou ses protubérances mammaires. Ça ne sent pas la crème solaire mais le poisson du diable rôtissant; on n'entend pas brailler les inepties creuses des vacanciers en repos cérébral, ni leurs mômes qui se prennent pour des singes hurleurs, mais les abuelas qui mettent tout leur talent pour te séquestrer dans un rapt culinaire.

Le dimanche, chose surprenante, les riches et supertitieux paceños quittent leur cité pour venir en famille plonger leur yeux dans le firmament liquide de Titicaca. Ils n'y plongent pas que le regard, mais également leurs habits et la viande qui les habite. Je dirais qu'il faut du courage vu la température, mais c'est davantage une affaire de croyance : Titicaca suscite beaucoup de croyances, c'est un peu Lourdes, les gens trempent leurs craintes et se lavent de toute infortune. Et ce qui pourrait ressembler à un petit dimanche en famille, au bord de l'eau, dans l'amour, la fidélité et la bonne humeur n'est en fait qu'une apparence trompeuse. Les Paceños font le trajet pour baptiser (ce n'est pas une image) leur tout nouveau 4X4 reluisant! C'est pas mignon ça! Ah les hommes et leurs voitures sont vraiment abrutissants... heu... attendrissants!

Bref, pour éviter autant de dévotion "mâle" placée mieux vaut prendre ses jambes à son cou et éviter la connerie en empruntant les sentiers lumineux des hauteurs de la ville. Cinq heures de marche devraient nous éviter d'en supporter davantage. Les cuisses n'éprouvent aucune fatigue lorsqu'il s'agit de découvrir l'arrière pays. Des plaines couleur feu. Des paysans à la peau de papirus, le soleil dans l'âme et l'accent quechua sont heureux de tailler un brin de causette pour retarder le labeur. Les chèvres détalent à ton approche,les vaches machouillent niaisement les herbes enflammées, les lamas arment leur salive, les cochons ronflent de paresse. Les boliviennes exécutent une sorte de danse piétinante, le pied nu foulant la terre ; danse qui n'est autre qu'une technique artisanale de broyage de "pommes de terre", dont le suc s'éponge dans un lit de paille, avant d'être récolté. Les maisons rosées d'albâtre semblent s'ériger tout droit de la terre puis réclamer leur droit à la pesanteur, tirant lassablement vers leur lieu d'origine. Tout est calme, encore plus calme. Aucun touriste n'aventure ses Rossignoles-tous-terrains vers ces lieux reculés. Nous sommes seuls.

En revanche, ces derniers passent inmanquablement une nuit à Copacabana afin de se rendre sur la Isla del sol, puis de repartir. Laquelle paraît accessible en deux coups de brasse depuis la plage. Il faut en fait deux heures... De bateau! et vingt bolivianos. Titicaca le mystique se joue des perspectives!

Ah, la Isla del sol! Un nord, un sud, un chemin caillouteux, et quelques ruines incas. En quatre heures de marche, tu peux réunir les deux pôles. Érintant (si tu rates le bateau tu es piégé là amigo!) et maravilioso! La nature en ces lieux s'est vêtue de sa plus belle parure. L'imagination s'égare en sa pointe où gît sous l'eau quelque ville oubliée (découverte par J. Cousteau), dont les dires se plaisent à raconter qu'il s'agit de la célèbre civilisation engloutie de l'Atlantide.

Bien évidemment, l'accès à la caminata n'est pas offert, il faut aligner quelques dix bolivianos supplémentaires (pour vous donner une idée de l'écart économique entre la Bolivie et l'Europe, dix bolivianos représentent un euro). Et le guide, ou plutôt le berger (car les touristes, que nous avons pris soin de semer, migrent en troupeau, bêlent en anglais, en françois, en étasunien, en argentin, en langue scandinave etc. et aiment être guidés sur le chemin à sens unique...) assure à ses ouailles que leur ticket précieux vaut pour toute l'île. Il ommet volontairement, par jeux, de signaler que les quelques huits tribus qui se partagent l'Isla del sol ont malicieusement quadrillé le chemin en secteurs et qu'ils font barrage, dôtés de fausses souches de tickets touts neufs, pour raquetter la crédulité des moutons appeurés qui préfèrent payer que d'essayer de balbutier quelques mots d'espagnol. Ça marche, ça marche même très bien! Il faut dire que les bougres deviennent vites violents si tu ne cèdes pas à leur arnaque. Nous sommes passés entre les mailles, mais il fallait faire preuve de beaucoup d'ingéniosité. Maintes fois renouvellée. Du petit de cinq ans qui tente sa chance, en passant par les deux poteaux alcoolico-agressifs, sans oublier le vieil abuelo grellotant à la morsure sans dents, les pièges sont nombreux! Ça rappelle les droits de passage moyen-âgeux cette histoire : "si tu veux passer le pont tu paies, te bats, ou fais demi-tour!". Chacun y va de sa petite histoire. Et là bas, sur cet endroit oublié (sauf par ses visiteurs), les enfants qui y vivent ne jouent pas, vont encore moins à l'école, ils travaillent. Ils tentent désespérement de te vendre quelque artisanat, ou bien les cailloux qu'ils viennent de ramasser, certifiant qu'ils ont quelque valeur ( si tu refuses, tu les reçoit en pleine poire), réclament le sou pour se faire prendre en photo etc. Quand tu cotoies un peu les habitants, l'île perd son charme de carte postale.

Peu importe. La bateau te ramène sur les berges de l'oubli. Un peu avant le crépuscule. D'ailleurs, je vous conseille vivement de cliquer sur le lien photographique du site, afin que vous ayez un aperçu du bain majestueux dont le roi soleil jouit en maître dans les eaux voilées du lac Titicaca...

La peine au coeur de quitter la Bolivie, nous étirons autant que possible notre séjour en Copacabana. Mais toute bonne chose connaît fatalement une fin. Et la route est encore longue...