Au fil de la lecture de ce mail Monique, grande et fidèle lectrice du blog (donc sensible aux incohérences), va sûrement se dire que la personne qui a rédigé le dernier mail disant adieu au Pérou est une menteuse, une alcoolique, une amnésique ou alors une fêlée qui balance des infos dans tous les sens, surtout contradictoires.
Non non non Gali n'est rien de tout cela. Elle ne mentait nullement en disant que nous vous conterions Puerto Lopez au lieu d' Ayampe.
Mais une chose est sûre : rien ne se déroule vraiment (voir complètement) comme on le prévoit, le relatif reste une valeur non relative.
Ici, à Cuenca, Ecuador, quand tu rencontres une personne, elle t'en présente vingt, lesquels t'en présentent...Etc. Notre premier ami et squatteur, est un tenanceur de tripo âgé de Soixante et un an, endiablé, maffieux, avec un coeur énorme, et connaissant des gens de partout : Chin(it)o!
Le bar de notre ami fait principalement son fond de commerce sur la présence quotidienne d'une bande conséquente de potes de tous âges qui s'avèrent être en vérité des N.A. (Narcoticos anonymos). Lesquels ne manqueront sous aucun pretexte de venir jouer Au 40 (que nous avons dû apprendre et nous devons d'enseigner) entre copains, jeu de carte sur lequel ils ont comme transféré leurs ex-addictions. La veille de partir nous rencontrons un d'eux que nous n'avions jamais vu, César, qui bavardant et bavardant en notre compagnie, nous dit que son frère vit en Suisse, qu'il a un hospedaje écologico tenu par un colombien adorable et qu'en l'appelant il pourrait nous faire un prix, nous faire entrer sur l'isla del la plata et voir les poissons géants pour pas cher etc. etc. On se contente de prendre les références, lui, il appelle de son cellullaire et nous réserve une chambre pour le lendemain! Bueno. Nous irons à dix sept kilomètres de Puerto Lopez, au bord de l'océan, où la jungle n'a pas d'autre choix que de laisser la place à d'immenses plages de sable, Ayampe. Voilà pourquoi, contrairement à ce que la fin du dernier mail laissait entendre, Gali n'est pas une menteuse, une alcoolique, une amnésique ou alors une fêlée qui balance des infos dans tous les sens, surtout contradictoires.
Bien, nous avons tout juste eu le goût et l'aperçu du sédentarisme que nous devons déjà reprendre la route. Le bagage léger cette fois-ci (sac à dos, awaïo et une seule béquille!), mais toujours le levé avant l'aube, le trajet au terminal terrestre, les bus à cumuler etc. etc. Vous commencez à connaître la ritournelle.
De Cuenca direction Gayaquil (4h), de Gayaquil direction Santa Elena (3h) juste avant Salinas, De Santa Elena on longe la côte jusqu'à Ayampe (2h). La route hermosa, traverse le parc national Cajas, l'humidité de l'altitude, et longe le flanc des montagnes pour redescendre vers Guayaquil. La route surplombe les nuages, les montagnes font ça et là de petites percées dans leur coton. C'est incroyable de traverser les nuages en Bus! je peux vous le dire. Mais davantage quand tu surplombes d'ailleurs, parcequ'une fois dedans c'est carrément dangereux, le chauffeur conduit comme si de rien n'était dans un néant de brouillard immaculé et opaque. Le voyage commence par Wao! c'est beau! et devient rapidement Waaa! on va tous crever il va ralentir cet Hijo de puta de choffer que voy a matarlo antes que el nos mata!
Bon, la vie-sibilité revient au pied des montagnes, la chaleur se fait sentir, bien que loin nous nous rapprochons de la côte et la végétation montagneuse commence à laisser place aux champs de canne à sucre. Comme Gayaquil doit être la seconde ville d'Ecuador, nous traversons les bidons-villes pour arriver dans un termial de bus dernier cri qui fait aussi office de MALL. Toutes les sept minutes décolle un bus pour Salinas, Vamos!
Avant d'entrer dans la baie de Salinas nous nous faisons larguer dans le bled de Santa Elena, où hormis la chaleur, l'attente, le sable le lait de coco et autres raffraîchissants tu ne rencontreras pas grand chose. Nous attendons un de ces bus tout pourrit que nous affectionnons tant (nos lombaires et coccyx un peu moins...), qui ne vient jamais, ou qui est plein. Rien ne se passe, les gens ne s'arrêtent que pour repartir, changer de bus ou demander leur direction. Un taxi nous harcèle poliment afin de nous emmener gentillement pour trente dollars, faisant grâce juste pour nous et pour personne d'autre évidemment, de cinq dollars, puisque dans l'absolu, le voyage coûte trentre-cinq. Mais nous ne cederons pas à l'offre incontournable de notre ami taxi, puisque le bus coûte trois! Et qu'il arrive enfin, salut!
La route cabossée (et aucunement compensée par quelques amortisseurs) est prise désormais entre Océan, plage, villages côtiers et aridité. Puis entre Océan, falaises et jungle. Nous arrivons à Ayampe. Difficile à savoir, deux trois cabanes en bois signalent le lieu, à part ça pura selva! Les autres maisons son cachées dans la jungle qui borde la côte. Hey choffer ayudante pourquoi on a passé les cabanes où il était indiqué Ayampe (tête de noeud)?! Parce qu'on l'a passé? Ah, ben arrête le bus, on va claudiquer en sens inverse!
Nous voilà parachutés sur une route en terre retrouvant les bruits et odeurs de la selva, repassant devant les cabanes où les gens nous regardent avec des petits points d'interrogation dans les yeux, cherchant une pancarte dans une meule de jungle. Bravement, un gars du coin qui, faute de freins, avait du mal à arrêter sa bicyclette nous a accompagné, nous parlant dans un jargon édenté et inaudible. Graciaps amigosps ahisps estamosps.
L'ami colombien de notre ami cuencanien nous acceuille à bras ouverts, nous noyant de paroles et d'énergie. Un fou génial, vivant en hermite et louant des chambres, cultivant son jardin d'où il extrait la yucca du petit déjeuner. Naturopathe auto-formé se dit-il.
Nous avons d'ordinaire l'habitude des petits hotels sucios y bajatos, ici, en Équateur on appelle ça voyager à l'Européenne, façon mochilleros ou bacpackers, ici on paie des hotels entre 10 et 40 dollars et on réclame l'exigence puisqu'on se réclame du pays. Alors le César nous envoie où il va passer ses vacances avec ses potes N.A.. Sans être luxueux, excessivement coûteux ou quoi que ce soit ça reste inhabituel pour nous de nous retrouver dans de si charmants havres de paix.
Et que demander de plus, pour se rincer du voyage, que l'océan. Même en hiver tu peux te baigner. Les vagues atteignent les trois mètres ou plus, leur ressac émmet un brouillard qui floute la vue des falaises, les plages vierges sont désertiques, la violence des courants de l'eau nous emporte dans la joie, l'incrédulité et la bonne humeur. Ayampe, parcelle du paradis terrestre.
Et puis bon ben heu merde quand même c'est bien joli, mignon tout plein ici, mais nous sommes venus pour voir de près les gros mammifères marins. Direction Puerto Lopez (on y revient) d'où partent les bateaux pour manger de la baleine des yeux et visiter la Isla de la Plata. L'équipage nombreux, sans être toutefois en surchage, traverse nu pied la plage de sable fin pour rejoindre le petit bateau, oscillant entre les ribambelles de pêcheurs qui viennent déposer leur butin. On peut apercevoir un requin fraîchement pêché, le crochet dans la rétine, traîné sur la plage comme un sac avant d'être mesuré (plus c'est grand, plus c'est bon, non?). Flic flac flouc, le prédateur est photographié sous toutes les coutures et il est temps tout de même d'aller contempler de plus gros poissons, vivants, eux...
Bon ben, une fois à bord du bateau, c'est plus pareil, le sol se dérobe sans cesse sous la voûte plantaire, la moitié de l'équipage change de couleur etc. Surtout que toujours accompagnés par la chance, la famille Lapoisse embarque le jour pile où l'océan change de courants marins et s'agite comme s'il était couvert de puces. Et la Isla de la Plata n'étant pas la porte d'à côté, le pilote en chef (calu en chef...) met la gomme et fait fumer la coque de son navire pour ne pas perturber ses horaires. Du coup on se fait baldinguer d'Est en Ouest, de Nord en Sud, de haut en bas. Parfois les vagues sont à la limite de sauter par dessus le bateau et paraissent hautes comme des montagnettes, et parfois c'est carrément le bateau qui saute les vagues (plusieurs fois il a complètement décollé de l'eau pour "ammarir" dans un grand coup sec!).
Et puis très vite, les yeux avertis des matelos aperçoivent des crachats-geysers d'eau. Bon signe, y'a de la baleine, partons en chasse! Vrummmm! Faut bien le dire, elles nous ont escorté un petit moment, accompagnées de dauphins en mal de spectacle qui surgissaient ça et là de l'eau. Sans commentaire. E je vais pas vous les décrir, vous savez bien ce que c'est, non?
On aperçoit un cailloux au large, ce doit être la Isla de la Plata! (Qui contrairement au Galapagos n'est pas une formation volcanique toute à fait unique mais un bout de continent qui a décidé de s'émanciper, d'où son appellation, Gallapagos des pauvres. En même temps, si ce n'est pas les six cents dollars minimum de ces permières, les 15 dollars d'entrée du parc te broient une boule!). Embarquement, enregistrement et partons marcher sur cette îles excessivement sèche.
La marche est courte, mais parsemée d'oiseaux rares. En effet l'île appartient à la réserve nationale Machalilla, zone qui protège ces volatiles que l'on ne peut déguster au rique de les faire complètement disparaître de la surface du globe, voir de l'univers si tant est qu'il puisse y en avoir ailleurs. C'est ainsi qu'au fil de la marche nous avons croisé plusieurs colonies qui investissent toute lîle : los piqueros de patas azules (fous aux pattes bleues), los piqueros de patas rojas (les mêmes tout pareil mais les pieds rouges, ceux-ci sont innaprochables, puisqu'il n'y en a qu'une fragile petite dizaine. Mais aussi des Fragatas magnifisas, oiseaux "pneumatiques" au pelage noirâtre et à la glotte rouge vive, dont le cou ressemble à un ballon de baudruche fripé au repos et qui se déploit, se tend, se gonfle d'orgueil à l'approche d'une femelle. Tout un écosystème assez unique, peuplé d'autres espèces de piafs dont le nom, par trop scientifique, me fait perdre le latin. Et si cette île s'appelle Plata ce n'est pas pour ses ressources en argent pur ou autre minéraux du genre, mais simplement pour sa couleur argentée, chaque jour plus marquée par les incessantes défections de guano que les volatiles déposent avec soin sur ses roches.
Voilà, il est temps, grand temps de les laisser en paix et de quitter l'îsla de la plata. Sans la quitter vraiment en définitive, puisque le bateau va longer les falaises à la recherche d'une petite baie sympathique où jeter l'ancre avant de larguer les touristes. Un petit bain hivernal dans les eaux tièdes et cristallines de l'océan. Masques et tubas suffisent à apprécier les barrières de corail, les bans de poissons multicolores qui nagent en spirale autour de ton corps, tellement peuplés qu'on peut en toucher ici ou là... Incroyablement beau.
Après avoir pataugé, il faut à présent reprendre le large dans un endroit beaucoup plus affectionné des baleines, dans une mer beaucoup plus agitée (combien de fois a t-on failli se renverser? Je l'ignore....). Effectivement, elles étaient bien au rendez-vous les belles. Sautant avec un élan démesuré, nous faisant "coucou les touristes!" avec leur nageoires nacrées, crachant de l'eau comme on se fait plaisir à prendre une bonne taff d'air pur etc... Un régal pour la vue, l'ouïe, l'odorat, l'imagination. Ces pauvres mammifères ne mesurent pas la joie qu'il nous procurent par leur spectacle de nature. Les plus chanceux pourront voir des luttes les plus sanglantes de la faune entre des orques et des baleines. Les premières viennent en prédateur croquer du bébé baleine de plus en plus prolifique dans la baie (comment expliquer à une orque que ce sont des espèces protégées?!), et les secondes, enragées défendent leur progéniture avec la rage des gladiateurs. Mais nous n'avons pu assister à ces luttes "herculiesques" qui se font, par chance, rarissimes.
Le retour vers puerto Lopez se fait dans la vitesse effrénée, l'humidité, le froid, le vent, les sauts de vagues et ... le vomi... Pour Magali. Faut dire que se faire baldinguer de la sorte réagence complètement l'organisme, Gali avait les tripes au niveau de la gorge, il fallait bien que ça sorte. Et ça nourrit les "poiscails". Beaucoup d'autres étaient tentés de se jeter par dessus bord et de se libérer du poid qui accablait leurs entrailles, mais seule la Galinette a eu le courage (ou la malchance) de se lester de tout ça.
Une bonne, très bonne journée de plus, où nous sommes toutefois contents de revenir à la terre ferme et de rejoindre ce génialissime colombien de Galban et son petit havre de paix.
CHEVERE!
Et puis bon, comme pour venir il a fallu repartir vers notre logis Cuencanien. La même en sens inverse. Ayampe, santa Elena, Guayaquil, Cuenca, calle Larga, y el departamento...
À bientôt les amis.
lundi 8 septembre 2008
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