samedi 10 mai 2008

Tarija, Tarijaaa!

Salut les jeunes et les pluvieux!

Si nous avons été comme muets pendant un moment, c'est seulement parce que nous sommes restés bouche bée en ce fabuleux pays de Bolivie. À en perdre le peu d'espagnol dont on disposait alors. Pourtant nous ne faisons rien d'exeptionnel : visites, marches, marches et re-marches, dégustations en tout genre, rencontres etc. Toujours la même rengaine. Vous connaissez le refrain...


Après Tupiza, nous fîmes étape dans la ville de Tarija. Ville qui avait plus l'apparence d'une ville.


Les rues étaient cette fois goudronnées, signalisées, regorgeant de commerces. Bon tu ne doutes pas une seconde que tu es toujours en Bolivie. Pas de problème!


Les femmes, toujours attifées de leurs habits traditionnels, sont chargées comme des mules ; soit avec un enfant (wawa) enrobé dans leur tissu (awaio), soit croulant sous une montagne de produits, de trucs, de bricoles, soit pour vendre soit pour... Vendre.


La rue est réellement un "espace publique", les vendeuses-vendeurs élisent négoce sur le trottoir, partout ou il y a de la place, du faiseur de jus de fruit exprimido, en passant par le cireur-harceleur de chaussures, jusqu'aux vendeurs de fleurs, de tissus, de machins, de coques pour cellulaires, de légumes et fruits, de pâtisseries, de sacs, etc. etc. etc.

La rue est aussi une fosse pour klaxon symphonique en râle majeur. Au milieu de délicieuses nuées de gaz à effet de serre, du son tonitruant des accélérations intempestives et contestataires, les oreilles les plus délicates peuvent apprécier un pannel infini de klaxons monocordes. Il faut beaucoup de pratique auditive pour en sentir les nuances et inflexions : Au bout d'une semaine vous pourrez identifier le klaxon qui dit "bouge ton cul connard", de celui qui dit "si tu traverses je vais t'écraser, tu es prévenu!", ou encore le taxi qui te sonne "Je suis Mr le taxi et je vois bien que tes mollets de blanc n'ont pas la force de faire cinq cent mètres", ou encore le gonze qui te klazonne parce que t'es pas d'ici etc. etc. etc. ad libitum.


Le centre nevralgique de toute ville Bolivienne qui se respecte , c'est son Mercado Central ! Vous savez, chez nous les euros-païens, c'est ce que nous avons remplacé par d'immenses et fantastiques centres de grande distribution. Où l'on a substitué les âmes multiples, les mondes imbriqués sous quelques jolies appelations comme Carrefour, Géant, leaders prices, E.D...

Au marché central, pas de vigiles qui vont jusqu'à suspecter les malhonnêtes grands mères, pas d'étiquettage, ni rayonnage ingénieusement agencé et étudié pour atiser,faciliter les désirs consuméristes, non non non... Pas d'unique, invisible et multirichissime patron omnipotent, ni de caissière uniformisée au sourire con-gelé, pas non plus de carte fidelité, de barrières bip-bip qui sonne les infractions, ou de caddie ventripotent.


Un autre monde, entièrement féminin. Un monde fait d'odeurs, de couleurs, de sons. Un monde imbriqué ou le moindre recoin est investi de petits stands bondés. Un lieu extrêmement vivant, à la manière des souks arabes. Chacune des boliviennes qui travaille est son propre chef, pas de concurrence déloyale, mais l'entraide. Chaque étalage est singulier, façonné par le caractère de celle qui l'occupe (et la place dont elle dispose). Tu te ferais presque arracher un bras pour venir dans celui-ci ou celui là. Les interpellations fusent. Les prix sont complètement aléatoires et se négocient à la sympathie-antipathie du client. La viande est trucidée sous tes yeux, scrupuleusement gardée par des bataillons de mouches. Les fruits et légumes sont soigneusement organisés en tas, monticules instables et gigantesques. Il y a des vendeuses en l'air, comme sur un mirrador,mais aussi par terre, au milieu...partout où c'est possible. Les chiens mendient craintivement les restes, jamais à l'abri d'un coup de savate. Les fruits se mixent en direct dans ton verre. Les épices embaument les étroits passages. Tu demandes deux tomates et tu repars avec cinq, accompagnées de concombres, poivrons, radis, avocats etc.

Les fruits (frais,goûtus), ah, les fruits! Tout ce qu'il y a de plus exotiques : papaya, chirimoya, mango, caramboles, ananas, oranges jaunes, bananes rouges etc. Un feu d'artifice juteux.


Rechercher une chose relève de l'aventure, de la comparaison, mais aussi de la sympathie, de celui qui sera le plus persuasif, de celle qui te tirera le plus vigoureusement à son étalage. Aucun assistanat, tu es livré a ton propre sens de l'anarchie!


Dans toute ville qui se respecte, qui possède un marché qui se respecte, se trouve une cantine (affiliée au marché) qui se respecte. Et là, même systeme qu'au mercado, le menu s'énumère à la criée, tu es presque assis de force à table, les cuisines alignées, engoncées, crachent flammes et odeurs incroyables. Les Boliviens sont souvent étonnés de nous voir humer les délices soigneusement préparés, épicés et nous sautent dessus, ou se marrent d'avance d'imaginer comment nos estomacs peu entraînés vont réagir. Chaque midi est pour nous une surprise gustative, une aventure estomacale. Peu de touristes s'aventurent dans ces cantines, trop appeurés de choper une colique. Mais des fois, ça vaut vraiment la peine de risquer une bonne chiasse. Et rien de plus. Tu ne vas pas devenir tout vert, plein de furoncles et te déformer sous les effets de cette succulente nourriture. En même temps si les touristes s'aventuraient majoritairement en dehors des pizzerias, restaurants de luxe, où autre lieux familliers, le marché perdrait vite de son charme et les prix s'affoleraient!


Vous disposerez sous peu d'images de tout cela, pour le moment c'est matériellement impossible.

Pour l'heure allons déjeuner, car parler de tout ça procure une dalle gigantesque.



Salut salut.



Ps : Prochain épisode : Sucre.



Ps2 : Un peu de vos nouvelles ne nous feraient pas de mal... Faites partager un peu les choses qui se passent par chez vous. Car écrire sur ce blog c'est un peu comme essayer l'eccho dans les montagnes...

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